Crillon frémit.
—D'ailleurs, continua l'inconnue, la beauté est idéale. Belle pour d'autres, on peut paraître laide à celui précisement qu'on voudrait toucher.
—Il est vrai, soupira le héros de plus en plus tremblant.
—Tenez, dit vivement la Vénitienne en se levant pour montrer à Crillon une toile magnifique de Giorgion, où Diane se voyait au milieu des nymphes, dans le bain après la chasse. Voici plusieurs beautés, les trouvez-vous telles?
—Admirables, madame.
—Et ces madones de Jean Bellini, pour être moins voluptueusement profanes, les aimez-vous aussi?
—Ce sont des beautés achevées.
—Une Suzanne de Palma, qu'en dites-vous?
En disant ces mots elle levait un flambeau pour éclairer les tableaux à Crillon. Cette pose forcée dessinait sous son bras une taille pareille a celle des Nymphes, et comme, pour se hausser, elle avait dû poser le pied sur une escabelle de cuir de senteur, son pied fin et cambré, une cheville d'enfant, une jambe ronde, le galbe élégant et riche de tout le corps qui repoussait les plis du damas, prouvèrent à Crillon que cette femme n'avait pas besoin de la beauté du visage pour être belle et exciter l'amour.
Il le pensait et le lui dit.