—Vraiment, s'écria-t-elle; que me direz-vous donc quand vous m'aurez vue?

—Ce que je disais des nymphes, des madones et de Suzanne.

—Allons donc, monsieur! murmura la Vénitienne avec un superbe dédain, ne me comparez donc plus à ces faces vernies. Tout cela est gratté, froid, mort. Je suis bien plus belle que cela: regardez!

Et d'un frôlement de ses doigts elle fit voler son masque. Crillon poussa un cri de profonde admiration.

En effet, rien de si parfaitement beau ne s'était offert à ses yeux; et il avait vu les Romaines et les Polonaises.

Sous des sourcils noirs dessinés comme deux arcs irréprochables brillaient les yeux dilatés et chatoyants de cette femme. Le regard était brûlant comme un fer rouge. Quand ce regard parlait, tout le reste de la physionomie se transfigurait: l'ange devenait archange. Elle avait le teint d'une pâleur mate, des lèvres d'un carmin si frais qu'il paraissait violent, le nez de la Niobé, des dents d'un million par perle, la tête d'Aspasie sur le corps de Vénus, et dix-huit ans,

—Je vous aime! s'écria le Français ébloui, éperdu, à genoux.

—Et moi donc! répondit la Vénitienne, qui, en le relevant, chancela dans ses bras.

Les cires consumées coulaient en larges nappes sur les plaques de cristal; une pâle clarté, celle de l'aube, bleuissait les ténèbres. Crillon ouvrit des yeux appesantis, et chercha vainement la Vénitienne à ses côtés.

Elle reparut bientôt, éblouissante de joie et de parure, vint à Crillon, qui déjà lui reprochait son absence si courte, et d'une voix plus caressante encore que son sourire: