—Monsieur le duc, dit le maréchal, le roi m'envoie à vous pour vous dire que ce jour de victoire est un jour de pardon. Vous êtes libre. Sortez de Paris sans crainte, vous et les vôtres, avec vos armes et bagages: les portes vous sont ouvertes, partez quand il vous plaira.

A peine eut-il achevé que, passant de la plus profonde terreur à la joie la plus folle, soldats et officiers, qui se croyaient déjà massacrés ou tout au moins prisonniers de guerre, jetèrent leurs chapeaux en l'air et firent retentir le quartier de leurs transports. On voyait les femmes de ces malheureux, avec leurs enfants, s'agenouiller et adresser à haute voix au ciel des prières ferventes pour le monarque généreux qui les sauvait de la plus cruelle extrémité.

Le duc de Feria, touché profondément, s'inclina pour remercier Brissac. La parole expira sur ses lèvres. Toute la multitude des spectateurs oublia sa haine pour admirer la clémence du vainqueur. Si les Parisiens perdaient un spectacle difficile à remplacer, celui d'une extermination, ils gagnaient la certitude d'être gouvernés par le prince le plus magnanime.

On vit Henri IV se placer à l'une des fenêtres de la porte Saint-Denis, celle qui était précisément au-dessus de la porte et plongeait dans toute la longueur de la rue Saint-Denis. Sur un signe des chefs, les soldats de l'armée étrangère prirent leurs rangs et se mirent en route quatre par quatre, les armes bas, les mèches éteintes, les enseignes ployées et les caisses derrière le dos.

Les Napolitains passèrent les premiers sous la porte puis les Espagnols, et enfin les Wallons et les lansquenets; chacun, jusqu'au dernier valet de l'armée en regardant le roi à sa fenêtre, s'inclinait et saluait profondément le chapeau à la main. Quelques-uns, dans l'espoir de la reconnaissance criaient vive le roi de France, et s'agenouillaient avec force souhaits de prospérité.

Lorsque le duc de Feria défila à son tour, il arrêta son cheval pour faire plus d'honneur au brave prince qui lui donnait la vie, et on l'entendit murmurer un compliment, dans lequel il remerciait Henri IV d'avoir épargné ses pauvres soldats.

Le roi toujours riant et spirituel:

—Voilà qui est bien, monsieur le duc, dit-il, recommandez-moi à Philippe
II, votre maître; mais ne revenez plus.

Paroles qui firent fortune, on le comprend, chez le peuple le plus spirituel de la terre.

Les Espagnols furent reconduits, par Saint-Luc, avec plus grande politesse jusqu'au Bourget; de là on les conduisit à la frontière, et ainsi se termina la prise de Paris.