Quant au roi, qui avait hâte de donner quelque distraction à Henri, le soir même, il reçut au Louvre la visite de Montpensier, avec laquelle il joua aux cartes, il lui gagna son argent pour toute vengeance.
Mais si la distraction n'était pas des plus amusantes, du moins la vengeance était-elle assez complète. La duchesse avait vu deux heures après l'entrée du roi, au lieu du massacre et de la terreur qu'elle espérait, se rouvrir toutes les boutiques, se tapisser et se fleurir toutes les maisons, les bourgeois se mêler et causer joyeusement avec les gens de guerre, le peuple rire et chanter avec les bourgeois, la Ligue se fondre comme neige au soleil, et le dernier espoir de l'ambition des Guise s'évaporer comme fumée au vent. Elle rentra chez elle sérieusement malade, et se mit au lit sans que personne s'occupât d'elle; on parla bien plus de la femme d'un boucher ligueur qui était morte de rage en apprenant l'entrée du roi dans la ville.
Vers dix heures du soir, la Varenne s'approcha du roi, lui dit quelques mots à l'oreille, et aussitôt Sa Majesté, avec un rayonnant sourire, quitta l'assemblée et se retira dans son appartement.
Le lendemain matin vers l'aube, dans une des salles du Louvre, bon nombre de gentilshommes autour d'un grand feu, fêtaient joyeusement les restes d'un grand festin et s'entretenaient avec vivacité non plus du passé, mais de l'avenir de la France ainsi régénérée.
C'étaient d'abord les gardes de service, puis quelques courtisans privilégiés, qui avaient obtenu la faveur de garder le roi dans son palais la première nuit qu'il venait d'y passer, après tant d'années d'exil et de combats. Et ces heureux, à voir le nombre des flacons vides, n'avaient pas dû s'ennuyer pendant que le roi dormait.
Parmi les gardes on remarquait Pontis, parmi les courtisans chacun admirait Espérance, que Crillon avait présenté au roi comme un des vaillants champions de la porte Neuve, et à qui sa faveur, sa bravoure et sa généreuse mine avaient fait tout d'abord quantité d'amis.
Mais un autre personnage attirait aussi l'attention: c'était le seigneur de
Liancourt, plus bossu, mais plus enchanté de lui que jamais.
Pontis, un peu agacé par le vin et fatigué d'avoir été discret toute une nuit, décochait à ce digne seigneur des traits que chacun entendait siffler et que lui ne ne sentait pas, bien qu'ils arrivassent tous en plein but.
Le bossu, portant pour la vingtième fois la santé au roi:
—Vous êtes donc bien réconcilié avec Sa Majesté, s'écria Pontis. Il me semblait vous avoir connus mal ensemble.