À ce moment, une litière remonta la rue de la Cerisaie jusqu'au passage de l'Arsenal, et s'alla mystérieusement ensevelir dans l'ombre, à vingt pas de la maison d'Espérance.
XII
LE RENDEZ-VOUS
Dans cette litière bien fermée à cause du froid, il n'y avait que deux femmes dont l'une, enveloppée de fourrures, s'appuyait dans les bras de l'autre. Elles se préparaient à reconnaître la localité déserte où on les avait conduites, lorsqu'un homme de haute taille, svelte, à la démarche hardie, accourut rapidement du bout de la rue et vint, sans hésitation, entr'ouvrir les rideaux de la litière. Il y mit si peu de politesse et de ménagement que les deux femmes ne purent retenir un faible cri.
—Qui êtes-vous? que voulez-vous? demanda l'une d'un ton de voix mal assurée.
—Je suis, madame la marquise, celui qui vous a donné l'avis à la suite duquel vous êtes venue ici, et si je me permets de vous aborder ainsi c'est pour achever mon oeuvre. Assurément ce que j'ai eu l'honneur de vous écrire n'était pas complet et a pu vous paraître obscur.
—En effet, répliqua celle des deux femmes que l'inconnu avait appelée marquise, j'ai mal compris….
—Et cependant vous êtes venue.
—Votre lettre me disait de me rendre rue de la Cerisaie pour une importante affaire concernant le roi….
—Le roi qui trompe la marquise de Monceaux, oui, madame.