—Je vous répète que c'est une folie, dit froidement la duchesse, et je ne vous laisserai pas faire une folie.

—Enfin, madame, répondit la Ramée, je sais ce que je fais peut-être!

—Non!

—J'ai engagé à madame la duchesse mes services et mon épée, elle peut disposer de moi comme instrument, comme serviteur: bras, esprit, âme, je lui ai tout promis, mais non mon coeur.

La duchesse haussa les épaules.

La Ramée avec une sourde irritation:

—Peut-être suis-je utile en ce moment, murmura-t-il, et mon absence peut paraître une désertion, quand tous les serviteurs de votre maison sont assemblés; mais daignez songer, madame, que je ne demande qu'une heure; dans une heure je serai marié, tous mes préparatifs sont faits à l'avance. Dans une heure, après la célébration, je comptais partir et emmener ma femme, mais je ne partirai pas, je ne l'emmènerai pas; dans une heure je serai de retour ici, aux ordres de Votre Altesse… Seulement, je le déclare, il faut que je sois marié ce soir et je le serai!

La duchesse, au lieu d'éclater avec colère, comme c'était son habitude quand on lui tenait tête, et comme La Ramée s'y attendait après cette déclaration, ne s'émut pas, ne cria pas. Regardant fixement le pâle jeune homme:

—Je vous ai dit, articula-t-elle avec calme, que vous n'épouseriez pas Mlle d'Entragues. Vous ne l'épouserez pas, pas plus demain que tout à l'heure, pas plus dans un an que demain.

—Parce que? dit insolemment la Ramée.