—Parce que c'est impossible.

—Vous appelez impossible toute chose que vous ne voulez pas, s'écria-t-il tremblant de colère.

—Non, dit-elle de plus en plus tranquille. Ce mariage ne se fera pas, parce que vous-même le refuserez tout à l'heure.

—Voilà ce qu'il faudra me persuader, madame.

—C'est ce que je vais faire; aussi bien le moment en est venu, et je ne vous mandais auprès de moi que dans ce dessein.

La duchesse frappa sur un timbre qui emplit la vaste salle de sa vibration argentine.

La Ramée, maîtrisé par ce sang-froid inouï, resta immobile, muet, dans l'attente de l'événement que ces bizarres préludes lui promettaient.

Au son du timbre, les tapisseries du la salle se soulevèrent, et l'on vit entrer par les trois portes colossales une quantité d'hommes dont les visages et les noms étaient bien connus de la Ramée.

C'étaient les principaux chefs ligueurs un moment dispersés sous le souffle de la réaction royaliste; quelques-uns de ces prédicateurs fanatiques chassés de Paris par le retour du roi et trop généreusement épargnés par sa clémence; c'était un jésuite professeur du collège où la duchesse avait fait entrer Jean Châtel; c'étaient des Espagnols délégués par le duc de Feria ou par Philippe II lui-même; c'était enfin, avec quelques bourgeois incurables et deux ou trois membres de la faction des Seize, tout l'état-major de la révolution que Mme de Montpensier tenait sans cesse suspendue comme un nuage destructeur sur la France, à peine remise de tant d'orages surmontés!

Devant ce flot de puissants personnages, la Ramée avait reculé jusqu'à la porte que gardaient plusieurs hallebardiers et mousquetaires de Lorraine; la duchesse remarqua son mouvement, et d'un coup d'oeil ordonna aux gardes de serrer leurs rangs.