Et il accompagnait chaque épithète d'un furieux coup de poing. Les valets, cachés à l'angle des portes, le regardaient avec un mélange d'effroi et de respect.
—S'il allait rencontrer un couteau sur la table, pensaient-ils, il est capable de se tuer!
Mais à force de se gourmer, Pontis avait fait ruisseler le sang de son visage; il chancelait encore, mais la main s'accrochait plus fermement crispée au bord de la table, il se tenait, il regardait avec bonheur couler ce sang avec lequel s'enfuyait son ivresse.
—De l'eau! dit-il d'une voix effrayante, de l'eau pour le misérable
Pontis!
On lui tendit une carafe qu'il but avidement, non sans en avoir versé une bonne moitié sur sa moustache et sa poitrine.
—C'est bien, me voilà fort. Ah! ils sont partis! Eh bien! je pars aussi.
Place! un cheval!
Il se dirigea en décrivant des courbes vagabondes vers l'écurie qu'on essayait de lui fermer. Mais sa fureur eût brisé tous les obstacles, on fut contraint de lui seller un cheval pour le satisfaire, seulement on espérait qu'il ne pourrait jamais l'enfourcher.
Mais la volonté formidable de cet homme commanda même à la rebelle matière. Dix fois il essaya, dix fois il retomba. Pleurant de rage, ivre de désespoir, il mit l'épée à la main, et, s'adressant aux valets éperdus:
—Scélérats! dit-il, si vous ne m'aidez je vais faire ici un massacre! Par grâce, mes bons amis… je vous en supplie!
Les valets attendris, car ils aimaient ce brave homme et n'avaient point pour l'ivrognerie la même sévérité que leur maître, s'approchèrent et voulurent persuader à Pontis qu'il faisait d'inutiles efforts.