—Ce n'est point à nourrir les Parisiens, monsieur, que le roi Philippe prétend employer les doublons d'Espagne, répondit M. de Feria d'un ton presque sec. Mais Brissac était décidé à ne pas se formaliser.

—Tant pis, répliqua-t-il, des estomacs creux se battent mal, et vous savez qu'il faudra en découdre. Le roi de Navarre approche, il resserre chaque jour ses lignes autour de Paris. Il va l'assiéger.

—Nos renforts suffiront à contenir les assiégeants et même à donner du courage aux assiégés, interrompit le duc.

—Vous me réjouissez avec toutes ces bonnes paroles, dit le gouverneur; mais voudriez-vous me faire la grâce de me confier à quoi est destiné l'argent qui nous arrive?

—A deux choses: la première à payer nos soldats; la seconde à lever les derniers scrupules de quelques membres du parlement.

Brissac fit un mouvement de surprise qui fit dire à l'Espagnol:

—Qu'éprouvez-vous donc, monsieur?

—J'éprouve un étonnement des plus vifs. Vous avez l'intention d'acheter le parlement et vous promenez comme cela l'argent devant tout le monde? Vous avez donc l'intention que votre négociation ne réussisse pas?

—Pourquoi échouerait-elle?

—Parce qu'un homme qu'on achète n'aime pas que la vente de son honneur et de sa conscience soit affichée en pleine rue. Moi j'aurais cru plutôt autre chose.