Espérance s'était agenouillé près du fauteuil, son front avait touché la poitrine de Gabrielle dont il sentait le coeur battre avec l'irrégularité de l'effroi ou de la douleur.

—Gabrielle, dit-il, ce n'est point là une émotion d'amour. Vos yeux sont humides, je vois des traces de larmes sur vos joues.

—J'ai pleuré, en effet, répliqua-t-elle.

—Vous avez souffert… à cause de moi peut-être!

—Oui, Espérance, à cause de vous.

Il prit les deux mains qu'il réunit dans les siennes et comme il les approchait de ses lèvres avec un mouvement passionné, Gabrielle les retira pour s'en cacher le visage qui, au même instant, fut inondé de larmes.

—Mon Dieu! mais qu'avez-vous? s'écria le jeune homme; moi qui venais ici l'âme joyeuse, un chant à la bouche; moi qui, toute la route, remerciais Dieu du bonheur promis.

—Pauvre Espérance! murmura Gabrielle.

Il se releva, la regarda plus attentivement, et s'assit près d'elle en essayant de se calmer pour mieux voir et mieux comprendre.

—Si c'est moi seul que vous plaignez, dit-il, tant mieux, je serai trop heureux encore. Expliquez-moi le sujet de cette compassion que je vous inspire.