—En vérité, répliqua-t-elle, en attachant sur lui un regard si tendre qu'il en frissonna d'amour, je ne mérite pas tant de bonté, moi assez lâche pour pleurer, pour vous attrister, quand, après tout, je devrais peut-être me réjouir, et vous demander vos félicitations.
—Je ne vous comprends pas, ma Gabrielle.
—D'abord je vais sécher ces misérables larmes. Pardonnez-les à une trop faible créature. Oui, je veux assurer mon regard, ma voix, je veux réjouir votre coeur et raffermir le mien, en traduisant dignement la nouvelle que j'ai à vous apprendre.
—Une nouvelle…
—Qui assurément vous comblera de joie, et dont je n'ai moi-même qu'à me réjouir. J'étais folle, j'étais lâche, je le répète. Oui, Espérance, oui, ami fidèle, ami aimé, bonne nouvelle! C'est ainsi que j'aurais dû commencer. Je vais être libre et toute à vous, mon Espérance!
—Libre!… toute à moi, s'écria-t-il avec un transport de joie si pure que sa beauté égala la radieuse image des archanges. Dites-vous une chose vraie, Gabrielle, une chose possible?
—Oui, fit-elle, avec un sourire chargé de larmes.
—Insensé que j'étais, dit-il d'une voix sourde, elle pleurait tout à l'heure, elle avait pleuré, elle va pleurer encore; et je me laisse prendre à des paroles que dément son invincible douleur! Comment pourriez-vous être libre, Gabrielle? je ne le vois pas. Libre et heureuse, comprenons-nous bien!
Elle garda un moment le silence, comme si elle cherchait à recueillir ses idées et à chasser les nuages dont s'était voilé son front. La lutte de cette âme tendre contre une souffrance inconnue fit bondir de colère Espérance qui ajouta:
—Vous savez que votre agitation me déchire le coeur!… Parlez, je vous en supplie, il n'est point de malheur que mon imagination ne se représente à la place de cette prétendue bonne nouvelle que vous m'annoncez avec des larmes, avec des soupirs, avec des sanglots.