Pontis, nous l'avons vu, est paré comme un prince à ses noces. Il espère que l'Indienne voudra bien le remarquer. A cet effet, il prend les poses les plus avantageuses. Ayoubani le laisse faire la roue comme un paon; elle sourit toujours avec finesse, et il faut que cette pantomime soit pleine de signification, car, chacun de son côté, les amants s'en contentent pendant plusieurs minutes.

Néanmoins tout s'use, même les joies de la mimique. L'homme est une créature qui se blase vite sur les plus parfaits plaisirs. Pontis, quand il n'a plus rien à faire admirer à l'Indienne, prétend admirer celle-ci à son tour. Et nous devons dire qu'Ayoubani, en fille délicate, s'y prête avec une réciprocité galante.

Elle est belle, Ayoubani. Ses yeux sont noirs, de ce noir rouge pareil aux veines de l'ébène. On sent le feu circuler sous ses prunelles. Petite, mignonne, modelée finement et richement à la fois, comme les femmes passionnées, elle connaît ses avantages; elle en use avec une réserve méritoire; elle n'a réellement de sauvage que sa vertu.

Aussitôt que Pontis voulut exprimer les désirs que lui inspirait cette beauté parfaite, la jeune Indienne rougit avec grâce, repoussa doucement la main qui cherchait la sienne et posa un doigt sur ses lèvres. Pontis s'arrêta.

Ayoubani commença un long préambule de gestes expressifs. Elle raconta que son tyran avait resserré ses fers. Le tyran était ce Mogol, que purement et simplement elle appelait Mogol, mais d'une voix si charmante, si veloutée, avec un accent guttural si séduisant, qu'il n'y avait qu'une Indienne au monde pour dire Mogol de cette manière,

Pontis témoigna combien ce tyran lui déplaisait, il se leva, mit l'épée à la main, et proposa d'aller tuer le Mogol, ce qui fut parfaitement compris. On daigna l'arrêter, avec une physionomie effrayée. Mais son courage avait produit un excellent effet. Il en recueillit les fruits immédiatement: il baisa la main d'Ayoubani sans recevoir le soufflet qui ordinairement était la conséquence de ces sortes de libertés.

Ayoubani posa encore son doigt sur ses lèvres. Pontis écouta de tous ses yeux.

Voici ce que l'Indienne lui exprima en langage figuré, avec toutes les recherches de l'art du mime.

—Moi, plus jamais sortir seule, le tyran forcer toujours moi à être accompagnée.

—Bah! s'écria Pontis.