—Eh! pardieu! croyez-vous que je n'y aie point pensé, en voyant ce matin le roi si bien disposé. Tout le temps qu'a duré notre voyage de retour, nous avons parlé de ce misérable instrument de la Montpensier, et j'ai soutenu au roi que la Ramée n'est pas un scélérat endurci, mais, au fond du coeur, je suis enchanté qu'il disparaisse de ce monde. Nous lui rendons justice, nous l'absolvons: il a graissé ses bottes pour le grand voyage, qu'il parte.
—Je lui ai promis qu'il vivrait, reprit Espérance opiniâtrement, et je vous supplie d'obtenir du roi la ratification de cette parole. Le roi, dit-on, soupera ici.
—Oui, il y soupe. Il soupe même sans moi en ce moment.
—Eh bien, monsieur, je ne vous retiens pas et vous conjure de me pardonner mon importunité. Je demeure, vous le savez, à deux pas. Cette grâce, il me la faut ce soir.
La voix d'Espérance, de son cher Espérance, alla au coeur de Crillon.
—Attendez, attendez, dit-il. Non, l'on ne soupe pas encore. Je vois tout le monde dans la bibliothèque, et l'on couvre seulement la table. Attendez quelques minutes, je vais trouver le roi, et, oui ou non, vous emporterez la réponse.
Espérance s'écarta le coeur palpitant.
—Non, dit Crillon, asseyez-vous sur ce banc, derrière la charmille. Je vais amener le roi par ici, vous l'entendrez comme s'il vous parlait à vous-même.
En effet, quelques instants après, le roi, vêtu de noir, la tête nue, le visage sérieux et attentif, descendit le perron avec Crillon et vint se promener dans l'allée contiguë à la charmille qui cachait Espérance.
Henri écouta la chaude pétition du chevalier. Celui-ci se peignait tout entier dans son style. Il bouillait de satisfaire Espérance, et, en même temps, priait le roi de bien examiner l'intérêt de l'État.