—Eh! mon brave Crillon, dit Henri, l'État n'est plus pour rien dans cette affaire. La Ramée est Valois ou la Ramée. S'il se dit Valois et que je le tue, vois quelle tache! S'il ne l'est pas, et qu'il s'entête à me créer des embarras, pourquoi ferai-je la sottise de l'épargner? Le seul argument que j'aie pour prouver qu'il n'est pas Valois, c'est de le faire accrocher à une potence.
—C'est vrai, dit Crillon.
—C'est vrai, pensa Espérance, rendant justice à la sagacité royale.
—Votre Majesté, continua Crillon, ne peut-elle braver?…
—Braver quoi?… Est-ce que les rois ne bravent pas toujours quelque chose. Seulement il s'agit pour eux de choisir. Veux-tu qu'à propos de ce fétu, de cet atome, je remue des montagnes? Braver! j'en ai assez de bravades, mon ami.
—Eh bien! alors, dit Crillon, qu'on le pende et que ce soit fini.
Espérance frissonna en écoutant l'étrange plaidoyer de son auxiliaire.
Le roi était devenu pensif et son oeil profond cherchait la terre.
—Que m'importe à moi, dit-il, que cet homme vive s'il m'est prouvé qu'il n'est qu'un instrument repentant de la Montpensier! D'ailleurs, je n'ai pas besoin de lui faire grâce, ce qui serait d'un mauvais exemple. S'il tient tant à te faire plaisir, qu'il fasse un trou dans un mur et qu'il se sauve. Je ne suis pas là pour garder les prisonniers.
Espérance tressaillit de joie.