Enfin, la branche du sud gagne la cité du grand Lac-Salé, à travers les monts Wasatch, descend directement au sud par le lac Utah, Fillmore-City, le territoire des Indiens Pah-Utah ; elle coupe l’extrémité nord-ouest du Nouveau-Mexique par les Vegas de Quintana, pénètre en Californie par la vallée de la rivière Mohave, la Passe-Walker, et remonte sur San-Francisco en côtoyant la Sierra-Nevada par Woodville, Washington-City et Stockton.

La seconde de ces trois voies, et la plus courte, est suivie de préférence par l’émigration ; les fertiles vallées et les riches pâturages de la rivière Humboldt offrant plus de ressources au voyageur que les déserts de l’Orégon, les brûlantes solitudes du Nouveau-Mexique et de la rivière Mohave. Nous devons prendre la route de l’Orégon, quoique la plus longue, les instructions de MM. Wyde, Butler et Sheppard les appelant dans les Etats de Washington et d’Orégon, en ce moment l’objet d’une vive attention de la part du gouvernement américain.

Nous nous dirigeons par le fort Bridgers vers la cité du grand Lac-Salé ; nous séjournerons huit jours chez les Mormons et regagnerons ensuite l’Orégon, en suivant la vallée de la rivière de l’Ours.

2 Juillet. — Depuis cinq jours, nous marchons dans la plaine. Ce soir, le fort Bridgers nous offre l’hospitalité, nous avons vu descendre peu à peu à l’horizon les hauts pics couverts de neige des Montagnes-Rocheuses, tandis que la chaîne des monts Wasatch, celte énorme barrière qui semble défendre les approches du grand Lac-Salé, apparaissait à son tour dans son imposante majesté.

CHAPITRE VI.

Chez les Mormons. — Le territoire d’Utah, Topographie et introduction. — Cité du Lac-Salé, aspect et description. — Brigham Young, le chef actuel du Mormonisme. — Smith le fondateur. — De l’avenir du Mormonisme. — Le grand Lac-Salé.

12 Juillet. — Depuis quatre jours nous sommes chez les Mormons, dans la cité du grand Lac-Salé, mal vus, mal accueillis en notre qualité de Yankees. Mais avec un peu de prudence, nous pourrons terminer sans encombre notre rapide séjour chez les Saints.

Ici tout est nouveau pour moi, la nature qui m’environne, la société qui m’accorde pour quelques heures une hospitalité douteuse.

Le territoire de l’Utah s’étend du 27e au 42e degré de latitude septentrionale, entre les Montagnes-Rocheuses et la Sierra-Nevada. A l’est des monts Wasatch, sur un espace de cent-cinquante milles arrosés par les affluents du Colorado, il n’est pas habité, et, par sa nature, il est à peine habitable, si ce n’est par les Indiens. A l’ouest de ces montagnes est située la région appelée le Grand-Bassin, douée d’un système hydrographique particulier, car ses eaux s’écoulent dans des lacs dont le plus considérable est le grand Lac-Salé.

Toute cette région n’est pas encore complètement explorée, ses districts les plus connus sont coupés par diverses chaînes de montagnes, sillonnées par une multitude de vallées qui, sans aucun doute, seront colonisées un jour. Maintenant les parties habitées par les colons mesurent une étendue de trois cents milles dans les vallons qui, du nord au sud, longent le Grand-Bassin. La vallée du Lac-Salé a plus de trente milles de largeur, elle est arrosée par une rivière qui sort du lac Utah. Les Mormons ont donné à cette rivière le nom biblique de Jourdain. Utah est leur terre promise, et la cité qu’ils ont construite dans ce district est leur Sion.