26 Juillet. — Nous sommes campés ce soir sous les murs du fort Hall, dans l’Orégon, à cent vingt lieues du Lac-Salé, sur la rivière Lewis, qui forme la branche sud de la Columbia.
Notre dernier jour chez les Mormons fut consacré à une excursion au Lac-Salé, distant de quelques lieues de la cité. Le chemin qui nous y conduisit traverse une contrée montagneuse, où nous retrouvions partout les traces d’une ancienne activité volcanique, telles que nappes de basaltes, sources d’eau chaude et sources gazeuses. A mesure que nous approchions du lac, le terrain était couvert d’efflorescences salines. Bientôt nous aperçûmes le Lac-Salé, qu’une brise carabinée du nord-ouest agitait assez violemment pour lui donner l’aspect d’une petite mer.
Le Lac-Salé est le plus vaste de tous les lacs répandus sur la surface du Grand-Bassin, c’est-à-dire de l’espace compris entre les monts Wasatch et la sierra Nevada californienne, et qui, recevant les eaux des rivières de cette immense contrée, forment avec elles l’ensemble d’un étrange système hydrographique, que n’offre aucun autre pays du monde ; ces cours d’eau ont tous leur embouchure dans des lacs souvent de peu d’étendue, et dont le niveau ne varie pas sensiblement ; ce qui a donné lieu à cette hypothèse, qu’il existe des canaux souterrains par lesquels s’écoule le trop plein de ces réservoirs naturels.
L’aspect du Lac-Salé est enchanteur, et l’on comprend que tout un peuple à la recherche d’une terre hospitalière soit venu s’établir non loin de ses bords. Cette vaste étendue d’eau, qui ne mesure pas moins de soixante-dix milles de longueur sur trente-cinq milles de large, est parsemée d’îles boisées. De magnifiques forêts couvrent le sommet des montagnes qui l’environnent. Le sol est généralement fertile et produit d’excellents pâturages, arrosés par de petites rivières aux eaux pures et frémissantes.
Le seul cours d’eau un peu important que reçoive le Lac-Salé est la rivière de l’Ours, qui prend sa source à l’est de la cité, dans l’un des contre-forts des monts Wasatch, contourne l’extrémité nord de la chaîne, et redescend ensuite sur le grand Lac-Salé.
La grande abondance d’efflorescences salines qui couvrent les alentours du lac, et les magnifiques pâturages qui l’avoisinent, y attirent beaucoup de gros gibier, ainsi que dans la vallée de la rivière de l’Ours.
A l’époque de notre passage, les bisons n’y étaient pas rares, les chaleurs ayant déjà desséché les pâturages situés au nord du Rio-Grande et de la Green-River, les deux principaux affluents du Colorado, sur la frontière du nouveau Mexique.
CHAPITRE VII.
Une chasse aux bisons sur les bords de la rivière de l’Ours. — Black-Devil. — L’amour au désert ; l’Indienne Oiseau-qui-Chante ; Juana la Mexicaine. — Mistress Harriet Pewel. — Les Outlaws du désert. — Les Montagnes-Bleues. — Les troupes fédérales et les Indiens de l’Orégon.
Partis le 16 juillet de la cité des Mormons, nous reprîmes la même route jusqu’au fort Bridgers ; de là, nous remontâmes au nord sur le fort Hall, par la vallée de la rivière de l’Ours. Ce fut dans ces parages que nous pûmes vraiment, pour la première fois depuis notre départ du Kansas, nous livrer franchement et sans crainte au plaisir de la chasse. Les daims, les cailles, les grouses étaient en abondance. Chaque jour, nous nous écartions à deux ou trois milles des flancs du convoi, et nous revenions chargés de gibier. Sur la rivière nageaient des troupes nombreuses de canards et d’oies sauvages, dans lesquelles nous faisions de larges trouées. Nous n’avions guère à redouter que les ours gris ; mais nous n’en aperçûmes aucun. Pour cela, il est vrai, il nous fallait seulement traverser la rivière et gagner la montagne, où plus d’une gorge solitaire nous eût offert un tête-à-tête avec ces redoutables animaux.