Scottbar, situé sur la rivière Scott, au pied de la montagne du même nom, a récompensé quelquefois les travaux des mineurs par une belle récolte du précieux métal. Mais, à l’exception des mines de quartz du Sud, c’est peut-être à Scottbar que les chercheurs d’or éprouvent le plus de fatigues. Avant de parvenir au gravier aurifère, ils doivent faire sauter d’énormes rochers, et creuser de profondes tranchées. Quelquefois plusieurs semaines de travail n’amènent aucun résultat.

La rivière Klamath, que nous atteignîmes vers la fin de mai, est un magnifique cours d’eau qui prend sa source au pied du mont Langhlin, dans l’Orégon, traverse le lac Klamath, et verse, après un cours de cent cinquante lieues environ, ses eaux dans le Pacifique. Une ville, qui porte le même nom, s’élève à son embouchure : c’est une cité naissante qui promet de prendre plus d’importance, à mesure que l’extension du commerce développera le cabotage sur les côtes de l’Orégon et de la Californie.

Sur les bords de la Klamath, le terrain est généralement aurifère, et cependant, à l’exception de quelques exploitations abandonnées ou de peu d’importance, on n’y voit guère que Beaver-Creek et Humbug-Creek, où la recherche de l’or fasse naître un peu d’activité. Quoique plus animés que les mines du Sud, ces deux placers se ressentaient aussi de l’abandon causé par les nouvelles découvertes de la rivière Frazer.

Deux jours après notre passage à Humbug-Creek, nous parvînmes à Ireka, que nous connaissions déjà, pour y avoir séjourné quelques heures lors de notre arrivée en Californie. Ireka est située entre la montagne et une plaine immense dont tous les terrains sont aurifères. Ceux qui donnent les plus beaux résultats sont composés d’une terre qui, par sa couleur et sa densité, se rapproche de la houille. Mais la grande difficulté pour les mineurs est de se procurer l’eau nécessaire au lavage, bien que de nombreux travaux aient été entrepris pour la multiplier dans les exploitations.

Ireka devait être le point extrême de notre voyage aux placers ; Jacksonville et Cotton-Wood, dans l’Orégon, ne nous offraient aucun intérêt nouveau qui compensât la longueur du trajet. Un mois après nous rentrions à San-Francisco.

CHAPITRE XII.
UN HIVER SUR LE LAC BIGLER (SIERRA-NEVADA).

L’habitation d’un trappeur. — Une chasse aux Indiens. — Hans Rubner. — L’arbre et son fruit, épisode d’une chasse à l’Ours gris.

En arrivant à San-Francisco, je trouvai des lettres qui me rappelaient en France. Je dus, en conséquence, abandonner mon projet de visiter une partie du Nouveau-Mexique. Je renonçai d’autant plus facilement à cette portion de mon itinéraire, que j’avais appris, quelques jours auparavant, à Marysville, qu’on redoutait un soulèvement général des tribus indiennes, depuis le lac Pyramide jusqu’à la rivière Mohave. On parlait même d’une alliance entre ces peuplades et les Navajoes, qui habitent les immenses solitudes au nord du Nouveau-Mexique. Les établissements de la rivière Carson étaient assez sérieusement menacés pour que l’on parlât à San-Francisco d’organiser des corps volontaires destinés à secourir les colons de Carson-Valley. Depuis plusieurs mois déjà, des symptômes de guerre étaient apparus par le pillage et l’incendie de quelques habitations isolées et l’assassinat des courriers de la malle des Etats-Unis.

J’arrêtai donc mon passage sur le steamer de la compagnie de transit le Montézuma, pour prendre terre à Panama, traverser l’isthme et m’embarquer à Chagres pour New-York, d’où je regagnerais l’Europe. C’était un voyage de deux mois et demi environ.

Le surlendemain de mon retour à San-Francisco, j’entendis frapper de bon matin à la porte de ma chambre, et j’éprouvai un certain étonnement en voyant entrer Hartwood, que je croyais encore dans la vallée de Carson. Il m’apprit que depuis le mois d’octobre, époque à laquelle il nous avait quittés, il avait fait beaucoup de chemin, et qu’en ce moment il revenait de la rivière Frazer.