Il secoua la tête.
— Il est peu probable, continua-t-il, que nous nous revoyions jamais. On ne vient pas tous les jours en Amérique. Mais si plus tard vos affaires ou vos loisirs vous ramenaient à Saint Louis, n’oubliez pas Hartwood le trappeur.
Je le lui promis, et une heure après nous sortions de la baie de San-Francisco pour gagner la pleine mer.
Hartwood est un des plus braves et des meilleurs cœurs que j’aie connus. La vie qu’il a menée depuis trente années, les dangers qu’il a courus, les hommes au milieu desquels il a vécu, ont pu rendre plus rude sa nature physique ; mais il a conservé la délicatesse de sentiments qui distinguent l’homme vivant au milieu de la civilisation. Sous la rustique enveloppe du chasseur des prairies, on retrouve toujours chez Hartwood le fils du pasteur de Montréal.
CHAPITRE XIV.
La Californie, notions générales, productions et climat. — Son avenir.
Le climat de la Californie est beaucoup plus tempéré que dans les contrées de l’Europe comprises sous les mêmes latitudes, et y est d’une salubrité remarquable. Les épidémies y sont inconnues, ainsi que les fièvres, qui règnent généralement dans les pays où l’on défriche des terres. Il n’y pleut jamais pendant l’été, mais alors la fraîcheur des nuits y supplée, et rend la terre assez humide pour que la végétation ne souffre pas. La pluie commence vers la fin de janvier et dure jusqu’à la fin de mars ; quelques ondées en avril terminent la saison pluvieuse.
La Californie renferme beaucoup de vallées, quelques-unes d’une très-grande étendue, et dont le sol est excellent pour la culture des céréales. Au commencement de l’émigration, la population se porta d’abord vers les mines, dont le travail offrait d’autant plus d’attraits qu’il était accompagné de l’espoir de riches découvertes ; mais aujourd’hui, que les chances de fortune sont moins grandes pour le mineur, beaucoup de bras se livrent à la culture du sol.
Outre le blé, la Californie produit beaucoup d’orge et d’avoine. On peut supposer que, lorsque sa population sera plus en rapport avec les ressources qu’elle offre et que la main-d’œuvre sera à meilleur marché, la Californie pourra exploiter le commerce des grains avec avantage. Le climat et le sol conviennent pour la culture de tous les légumes connus en Europe. Ils y atteignent une grosseur considérable et poussent avec rapidité. Cette culture est presque exclusivement exploitée par des Français, dont quelques-uns ont gagné beaucoup d’argent dans cette industrie. Ils se sont également adonnés à la culture des fleurs de jardin, qui était presque inconnue dans le pays avant l’occupation américaine.
Les plantes des régions méridionales s’accommodent très-bien du sol du sud de la Californie, comme celles des régions plus tempérées trouvent dans le nord une terre et une atmosphère en rapport avec leurs besoins. Du nord au sud, tous les arbres à fruits des régions tempérées et méridionales y sont cultivés avec le même succès, depuis le pommier et le poirier jusqu’à l’oranger et la vigne. Il n’est donc point étonnant qu’une terre aussi riche et aussi féconde voie augmenter chaque jour le nombre de ses habitants.