En 1889, M. E. Bonhoure propose d’occuper pacifiquement le Touat et le Tidikelt et d’y fonder un établissement commercial, en un point bien choisi entre In-Salah et Akabli. Le Gouvernement général émit l’avis que ce projet, pour produire des résultats avantageux, devrait être précédé de tentatives qui permettraient à nos négociants de s’initier aux choses du Sahara.
En 1890, MM. Hackemberger, ancien officier, et Flault, commis à l’inspection académique de la Sarthe, sollicitent du Ministre de l’instruction publique une mission pour se rendre d’Algérie à Tombouctou et au Sénégal. Sur un rapport de Duveyrier et un avis conforme du Gouvernement général, ces demandes sont rejetées parce que leurs auteurs ne sont nullement préparés par leurs études antérieures à accomplir un tel voyage et que les dangers à courir sont trop grands pour des résultats bien précaires.
III
A défaut d’explorations, il faut se contenter, pendant cette période, de progrès cartographiques ou scientifiques et de renseignements indirects. En 1885, le Service géographique de l’armée commençait la publication d’une carte d’Afrique à 1/2.000.000e, dressée par le commandant Lannoy de Bissy, qui mit à profit toutes les cartes françaises et étrangères, ainsi que les renseignements fournis par les recueils géographiques et les relations de voyages ; elle donnait autant que possible tous les itinéraires des explorateurs. La première édition de cette carte fut publiée de 1881 à 1890, en deux couleurs (planimétrie en noir, figuré du terrain en gris bleuté).
Lors de la réapparition de nos armes dans la région de Figuig en 1881-82, le capitaine Henry de Castries avait souvent campé dans les environs des oasis avec nos colonnes, mais sans pénétrer dans aucun ksar[237]. Après avoir levé la partie ouest des plateaux oranais en 1878, il avait dressé la carte de la région des ksour en 1880-82[238]. En juin 1883 paraissait une réédition de la carte du Sud-Oranais au 1/400.000e, revue et complétée d’après les travaux de M. Castries et de diverses autres officiers[239]. En 1886, le Service géographique publiait également une carte provisoire du Sud-Oranais à 1/200.000e[240]. La même année, le Gouvernement général publiait une carte de l’Extrême-Sud de l’Algérie à 1/800.000e[241].
Après l’occupation de la Tunisie, le progrès géographique marche de pair avec le progrès de la pacification. Une première carte du Djebel-Douirat accompagne Le Sud de la Tunisie, par le commandant Rebillet (1886). Vers la même époque paraît la carte du Service géographique de l’armée à 1/200.000, dite Carte de reconnaissance, œuvre tout à fait remarquable comme rapidité topographique et aussi comme exactitude. La limite sud de cette carte longe le bord méridional du Djerid et du Nefzaoua : elle pousse ensuite une pointe dans le Sahara jusqu’au poste romain d’El-Haguef ; elle donne le Djebel-Douirat et ses ksour[242].
En matière de cartographie privée il faut mentionner la carte du Sahara septentrional par laquelle M. Foureau préludait à ses explorations ultérieures[243].
En outre de ses travaux cartographiques, le capitaine de Castries avait recueilli, dans la région de Figuig, les éléments d’un remarquable et consciencieux mémoire[244], demeuré jusqu’à ces dernières années le meilleur guide sur la grande oasis saharienne.
En 1886, le capitaine Le Châtelier publiait dans le Bulletin de la Société de Géographie[245] un intéressant mémoire sur le Régime des eaux du Tidikelt, et, dans le Bulletin de Correspondance Africaine[246], une Description de l’oasis d’In-Salah d’après les renseignements recueillis pendant un séjour de 18 mois à Ouargla. Il y traite de la géographie du territoire d’In-Salah, des populations nomades et sédentaires, de leur constitution sociale et politique, de la situation commerciale. Les renseignements et itinéraires indigènes ont été vérifiés et critiqués avec soin[247] ; c’est une œuvre de recherches minutieuses et savantes autant que d’érudition. Le même auteur a écrit l’histoire d’une bande de pillards Chaanba, qui ont tenu le Sahara pendant dix ans, de 1874 à 1883, et dont l’épopée forme un curieux chapitre de l’histoire saharienne[248].
Diverses missions de M. René Basset intéressent la géographie saharienne, celle notamment qu’il accomplit en 1881 à Aïn-Madhi, et au cours de laquelle divers itinéraires au Sahara central lui furent communiqués par le bureau arabe de Laghouat ; il les a publiés et commentés avec l’érudition la plus sûre et la plus étendue[249]. Dans un autre ordre d’idées, la mission de M. René Basset au Mzab et à Ouargla en 1886 doit être mentionnée ; il y faisait des recherches sur les manuscrits arabes des zaouïas des oasis du Sud[250] et en rapportait de précieux matériaux non seulement sur le dialecte parlé par les Mozabites, mais aussi sur d’autres dialectes berbères, notamment sur celui des Aoulimmiden[251].