(Sidon. Apollinar., Panegyric. Aviti imp., apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 810.)
Les empereurs romains n’étaient donc point aussi déterminés qu’on le pense à priver les habitants des provinces de toute part à l’administration publique. Ils songeaient même à employer les institutions représentatives comme un moyen pour arrêter le grand mouvement de dissolution qui entraînait en même temps toutes les provinces, et jusqu’aux villes, dont les citoyens voulaient s’en tenir à leurs affaires intérieures, et n’avoir plus rien à démêler avec celles de l’empire. Si l’autorité centrale était impopulaire, ce n’était pas parce qu’elle refusait obstinément ce que nous appelons aujourd’hui des garanties politiques. L’offre même de ces garanties augmentait son impopularité, dont la cause était un besoin profond d’indépendance nationale. L’ordonnance qui instituait l’assemblée d’Arles accordait à ceux qui devaient y être convoqués les droits les plus étendus de discussion et de délibération ; et cependant la forte amende prononcée contre les personnes qui négligeraient de s’y rendre, l’emphase même avec laquelle le rescrit développe les agréments de toute espèce qu’offrait alors le séjour d’Arles, décèlent la crainte d’une grande répugnance de la part des propriétaires et des corps municipaux. C’était pourtant un privilége tout nouveau, octroyé à une classe nombreuse de citoyens ; mais les membres des cités gauloises mettaient au-dessus de tous les priviléges politiques celui d’être séparés d’un empire qui les fatiguait depuis si longtemps. A la vérité, l’invasion des Barbares le leur procura de gré ou de force ; mais les guerriers habillés de peaux[570], qui émigraient de la Germanie, n’apportaient aux provinciaux romains, chez lesquels ils venaient camper, aucune espèce d’institution. Dans les différents États qu’ils fondèrent, ils maintinrent, mais pour eux seuls, leur gouvernement national ; et cette forme de gouvernement par assemblée, en dehors de laquelle demeuraient les anciens sujets de l’empire, ne fut regardée par cette immense majorité de la population ni comme un bien ni comme un mal.
[570] … Pellitæ turmæ… satellites pelliti… (Sidon. Apollinar. Carmina, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 807, passim.)
Dès leur premier établissement sur le territoire gaulois, les Goths, les Burgondes et les Franks tinrent des assemblées politiques où ils délibéraient dans leur langue, sans le concours des indigènes, qui regardaient tout au plus comme un spectacle curieux ces réunions militaires, où les rois et les guerriers de race germanique assistaient en armes. Sidonius Apollinaris nous a transmis quelques détails sur l’une de ces assemblées tenue à Toulouse par Theoderik, roi des Visigoths. Ce poëte décrit d’une manière assez pittoresque la figure et l’accoutrement des Barbares qui se rendaient à ce qu’il appelle le conseil des anciens[571]. Il nous représente ces conquérants du Midi siégeant dans leur conseil souverain, ceints de leurs épées, vêtus d’habits de toile pour la plupart sales et gras, et chaussés de mauvaises guêtres de peau de cheval[572]. Cette description et les paroles mêmes de l’auteur prouvent qu’alors le titre d’ancien, senior, était pris à la lettre, et ne signifiait point, comme cela est arrivé dans la suite, un homme riche et puissant, un seigneur.
Postquam in concilium seniorum venit honora
Pauperies…
(Ejusdem Panegyric. Aviti imp., apud ibid., p. 809.)
. . . . Squalent vestes, ac sordida macro