Si les quatorzième et quinzième siècles n’ont rien ajouté aux franchises dont jouissaient les habitants des villes ; si, au contraire, durant ces siècles d’agrandissement pour l’autorité royale, les communes ont perdu leur existence républicaine, et sont tombées, pour la plupart, sous le gouvernement des prévôts, le mouvement qui poussait la masse de la nation vers l’anéantissement de toute servitude ne s’arrêta pas pour cela. Une classe nombreuse, demeurée jusqu’alors en arrière, celle des serfs de la glèbe ou hommes de corps, entra en action au moment même où parut s’affaiblir l’énergie de la classe bourgeoise. Cette révolution, dont il est plus aisé d’apercevoir les résultats que de suivre la marche et les progrès, n’a point encore eu d’historien. Ce serait un beau travail que de la décrire et d’en retrouver les véritables traits sous le récit vague et incomplet des narrateurs du temps. On rétablirait ainsi, dans l’histoire de la société, en France, le point intermédiaire entre la révolution communale du douzième siècle et la révolution nationale du dix-huitième.
La société civilisée, vivant de travail et de liberté, à laquelle se rallie aujourd’hui tout ami du bien et des hommes, eut pour berceau dans notre pays les municipalités romaines. Retranchée dans ces asiles, comme dans des lieux fortifiés, elle résista au choc de la conquête et à l’invasion de la barbarie. Elle fut la force vivante qui mina par degrés le pouvoir des conquérants et fit disparaître du sol gaulois la domination germanique. D’abord éparse sur un vaste territoire, environnée de gens de guerre turbulents et de laboureurs esclaves, elle ouvrit dans son sein un refuge au noble qui souhaitait de jouir en paix de ses biens et au serf qui ne voulait plus avoir de maître. Alors le nom de bourgeois n’était pas seulement un signe de liberté, mais un titre d’honneur ; car il exprimait à la fois les idées de franchises personnelles et de participation active à la souveraineté municipale[580]. Lorsque ce vieux titre eut perdu ses priviléges et son prestige, l’esclavage, par une sorte de compensation, fut aboli pour les campagnes ; et ainsi se trouva formée cette immense réunion d’hommes civilement libres, mais sans droits politiques, qui en 1789 entreprit, pour la France entière, ce qu’avaient exécuté, dans de simples villes, ses ancêtres du moyen âge. Nous qui la voyons encore, cette société des temps modernes, en lutte avec les débris du passé, débris de conquête, de seigneurie féodale et de royauté absolue, soyons sans inquiétude sur elle ; son histoire nous répond de l’avenir : elle a vaincu l’une après l’autre toutes les puissances dont on évoque en vain les ombres.
[580] On trouve fréquemment dans les actes du moyen âge les mots miles burgensis, chevalier bourgeois, mots qui, dans la langue actuelle, semblent s’exclure l’un l’autre.
APPENDICE
I
Noms des rois des deux races frankes, rectifiés d’après l’ancienne orthographe et le son de la langue tudesque.
RACE DE MEROWIG OU MEROVINGS
Années
de
l’avénement.
- 428. Hlodio ou Chlodio.
- 448. Merowig.
- 458. Hilderik Ier.
- 481. Hlodowig ou Chlodowig Ier.
- 511. Theoderik Ier, roi à Metz.
- Hlodomir ou Chlodomir, roi à Orléans.
- Hildebert Ier, roi à Paris.
- Hlother ou Chlother Ier, roi à Soissons.
- 534. Theodebert Ier, roi à Metz.
- 548. Theodebald, ibid.
- 562. Haribert, roi à Paris.
- Gonthramm, roi à Orléans.
- Hilperic Ier, roi à Soissons.
- Sighebert Ier, roi en Austrasie ou Oster-rike.
- 575. Hildebert II, ibid.
- 584. Hlother ou Chlother II, roi en Neustrie ou Neoster-rike.
- 596. Theoderik II, roi en Burgondie ou Bourgogne.
- Theodebert II, roi en Austrie.
- 628. Dagobert Ier.
- 632. Sighebert II, roi en Austrie.
- 638. Hlodowig ou Chlodowig II, roi en Austrie.
- 656. Hlother ou Chlother III, ibid.
- 670. Hilderik II.
- 673. Dagobert II, roi en Austrie.
- Theoderik III, roi en Neustrie.
- 691. Hlodowig ou Chlodowig III.
- 695. Hildebert II.
- 711. Dagobert III.
- 715. Hilperik II.
- 720. Theoderik IV.
- 742. Hilderik III.
MAJEURS OU MAIRES DE LA MAISON ROYALE
- Landrik, en Neustrie.
- Berthoald, en Bourgogne.
- Protadius, Romain ou Gaulois, ibid.
- Clodius, de même origine, ibid.
- Warnaher, ibid.
- Ega, en Neustrie.
- Pepin, en Austrie.
- Grimoald, ibid.
- Erkinoald, en Neustrie.
- Ebroïn, ibid.
- Wert, ibid.
- Pepin de Heristall, en Austrie.
- Theodebald, en Neustrie.
- Raghenfred, ibid.
- Karl, surnommé Martel.