Longtemps, longtemps il lutta. Il sentait bien que s’il succombait il descendrait aussi bas qu’elle. Il essaya d’étancher ses désirs avec d’autres femmes, mais qu’étaient-elles ?

Un jour, enfin, après une station énervante au Gabon, parmi la chaleur humide, les moustiques, la fièvre, il retomba.

Elle le reçut bien, comme si aucun événement ne s’était jamais passé entre eux. Il retrouva ses étreintes et ses baisers de flamme. Seulement, n’ayant plus d’illusion à entretenir en lui — car, les illusions naïves de cet homme l’avaient flattée dans un curieux besoin de considération — elle ne se gêna pas. A sa porte, il rencontrait souvent des hommes et, parfois, la rage au cœur, il attendait…

Il était rendu — il le savait du reste — au dernier degré de l’échelle. Il n’était plus qu’une loque de chair, soutenue, gonflée par un constant désir d’Elle.

Même de temps à autre, cette loque était visitée par un revenant, un autre être, positivement, qui, dans une autre vie, avait vécu dans un cadre très doux, en France, et y avait rêvé d’être bon fils, bon père, bon époux.

Évidemment, ce n’étaient là que des songes, des chimères… De temps en temps il recevait des lettres où on lui parlait de toutes sortes de choses qu’il sentait confusément être touchantes, mais il fallait la sensation matérielle du papier pour qu’il fut sûr que ces choses-là appartenaient encore au domaine du réel…

A présent, ces choses lui semblaient irréalisables.

Cependant, le revenant ne se lassait pas. Cet importun s’obstinait à le hanter de plus en plus, nuit et jour :

Son Être moral ne voulait pas mourir.