Il identifia avec stupeur son remplaçant. C’était l’un des jeunes « waiters » de l’hôtel… Sa colère ne connut pas de bornes.

Le lendemain, il reprit le chemin du Zodiaque, tête basse, convaincu qu’ici-bas tout est fange, amertume et néant.


Pendant quelques semaines il resta inerte, souffrant tout ce qu’un homme peut souffrir : celle qu’il avait élevée si haut venait de choir du piédestal. Et, chose pire, s’il ne pouvait plus l’aimer, ses sens continuaient à la désirer ardemment.

Quand le premier moment de douleur fut passé, il sentit le besoin, le besoin violent, d’entendre parler d’elle. Il se livra à une enquête et ce qu’il apprit lui enleva ses dernières illusions. On la supposait née dans ce pays ; on ne pouvait dire de qui.

Sans être à proprement parler une courtisane, elle avait couché avec un nombre incalculable d’hommes, ramassant dans la rue tous ceux qui lui plaisaient, s’abaissant jusqu’aux muletiers et aux gens du port, insatiable de baisers nouveaux.

C’est ainsi qu’elle avait connu son mari, lequel avait fini par l’épouser, sachant tout, rivé à elle par son étrange pouvoir. Après son mariage, elle avait continué ni plus ni moins qu’avant.

Le signe, elle l’avait fait à cent, peut-être à mille autres…

En ce moment d’écroulement, le vieil homme aurait dû renaître en lui. Il aurait dû reprendre son rêve de jadis, la maison paternelle et la fiancée tranquille. Mais un cataclysme avait brisé ses forces, le laissait là, pantelant, sur place, incapable de désirer quoi que ce soit, de croire en qui que ce fût désormais.

Après ces étreintes maudites, après ces étreintes empoisonnées, il n’y avait plus que les sens de vivants en lui. Il avait beau la haïr, il la désirait encore…