Après ? il ne voulait pas le savoir.

Sa main tâtait les derniers rayons de la bibliothèque. Elle rencontra un tout petit livre qu’il tira : « Heures de Cythère ou la Journée d’Amour. » Le premier vers était :

Sexe charmant qui parez la nature.

Il le trouva de son goût et l’emporta pour le mieux savourer au coin du feu. A présent, tout était calme en lui et autour. Les tisons crépitaient. Dehors la nuit était close. Il lut longtemps en mûrissant des projets. Tard, Germain vint l’avertir que le Cardinal l’attendait pour souper, et comme le vidame traversait la galerie, son vieux valet l’entendit fredonner :

Sexe charmant qui parez la nature…

Qui donc avait rajeuni son maître de dix ans ?

Jouvence.

Six mois après, en mai, Son Éminence s’asseyait au balcon d’un cabinet en rotonde, sa pièce favorite. On avait roulé jusqu’à la fenêtre une vaste bergère tendue de perse et le prélat l’emplissait de ses formes débordantes. A contempler ce bon vieillard goutteux, ventripotent, incapable de faire un pas sans recourir à sa canne et au bras d’un serviteur, l’on ne pouvait songer sans malice à la redevance d’une paire d’éperons que lui remettaient encore les moines de Saint-Nicolas-des-Leudes le jour Chandeleur.

Par goût, Son Éminence ne s’exposait point volontiers dehors. Mais aujourd’hui il faisait si doux ! Un temps gris sans soleil, une journée orageuse, lourde, apathique, où des brises imperceptibles charriaient, renouvelaient des aromes épars de fleurs.

Il est juste de confesser que le Cardinal venait d’engager, cédant aux sollicitations réitérées de son frère, le célèbre Mounier, ancien cuisinier du duc de Nivernais. Depuis lors le digne évêque éprouvait après dîner la nécessité véritable de prendre l’air. Il se reprochait sa gourmandise tout bas, très fort, mais, quoiqu’il fît pour dominer la chair, il ne pouvait s’empêcher de jouir d’une digestion heureuse et d’Arboise, qui s’étageait sous ses yeux, empreinte de tout le recueillement de midi.