Attrait mystérieux de la femme, même enfant, pour « l’homme à femmes » ! D’où Anne soupçonnait-elle le passé de son ami ? Le Diable le sait. Ce passé occupait son imagination de fille solitaire.

Plus que les écus et les chiens de sucre de Son Éminence, elle prisait les bijoux que le vidame achetait pour elle au « Chagrin de Turquie ».

A huit jours près, il savait l’ajustement de la poupée, rue Saint-Honoré, toujours vêtue à la dernière mode, selon les décrets de Mlle Bertin. Il avait le secret des jouets ingénieux qui divertissent, telle cette négresse avec une horloge intérieure, l’heure dans l’œil droit, les minutes dans l’œil gauche. Il avait donné à Anne ces jours-ci des souliers au « Venez-y voir », garnis d’émeraudes.

Le vidame jusqu’alors s’était amusé de cette enfant. Pour la première fois, il venait d’y penser comme à une femme.

Elle était à l’âge qui pouvait plaire aux sens d’un vieux libertin, les tirer de leur sommeil. Les « figures à sentiment » n’étaient point de mise dans sa jeunesse. Aujourd’hui on semblait les goûter fort.

Devant que de partir dans l’autre monde, il lui faudrait combler cette curiosité-là.

L’avant-veille il avait vu Mlle de Corsen cueillir des fleurs dans la rosée.

Sa taille s’inclinait avec grâce. Ses bras nus, potelés, allant et venant parmi les branches, s’effarouchaient des piqûres. Un « désespoir » couleur « souci d’hanneton » était noué à son cou. M. d’Evron s’attarda à cette image et un mauvais désir l’envahit.

Jadis, sans doute, il avait été l’intime de son père, à Dresde. Qu’importait ? En matière de femmes, il ne connaissait point de barrières. Elle serait un but nouveau à poursuivre, peut-être difficile à atteindre. Dans cet évêché il s’ennuyait « à la mort ».

Cette conquête serait une proie offerte à l’ennui. Elle lui procurerait une heure — et encore ? — de satisfaction dernière.