Pendant quelque temps ils marchèrent en silence, puis le vidame, considérant sa compagne, s’exclama :
— Pourquoi donc, vertubleu, ma belle nièce, cette coiffure basse et cette cornette ? Ce sont les dames de mon jeune temps qui s’attiffaient ainsi !
Anne rougit et, baissant les yeux, dit que c’était le goût de Mme Cornet, sa gouvernante.
— Si on laissait faire ce dragon, ma mignonne, il vous habillerait comme au temps où la reine Berthe filait. Vous êtes heureuse de m’avoir là pour y veiller.
M. d’Evron, qui suivait son idée, avait eu fort à combattre pour faire porter à Anne les nouvelles robes à la mode, plus courtes et plus simples, plus souples aussi qu’autrefois. Mme Cornet s’entêtait aux enseignements de sa jeunesse. Jadis, les filles de qualité portaient des soies brochées, des paniers, des robes à traînes, des corsages à busc rigides comme ceux des Infantes de Vélasquez.
— Mais la grondeuse devrait au moins souffrir les plumes.
Savez-vous, belle enfant, la dernière coiffure imaginée par Léonard ? Je vous la donne en mille. C’est la coiffure « à la mappemonde ». On y voit, assure-t-on, les cinq parties du monde avec le soleil, la lune et les étoiles. A votre place j’adopterais cette coiffure. Vous y trouveriez un double avantage : Être à la mode et apprendre votre géographie.
— Je la sais, répondit Anne d’un ton boudeur. Me prendrez-vous toujours pour une enfant ignorante ?
Elle lâcha son bras.
— Et pour qui voulez-vous donc que je vous prenne ?