Il avait été élevé dans la religion sévère des provinces. A douze ans, quand il partit pour ses « caravanes, » il aurait pu réciter son catéchisme aussi couramment que l’Armorial et les Odes d’Horace. Mais ses croyances devinrent bientôt machinales et, une fois l’habitude du danger acquise, furent dispersées par ses passions. Actuellement son scepticisme était sans limites. Il doutait même de son doute. Les philosophes eux-mêmes étaient ni plus ni moins que d’autres sujets à l’erreur.
Certains souvenirs d’enfance se levaient parfois en son âme, attendrissants, persuasifs, et certaines paroles de son frère sur la vanité des plaisirs : « Heu ! Mundi felicitas velut umbra fugit. »
Il l’éprouvait maintenant au fond de son cœur.
A l’évêché son attitude était celle d’un homme de goût.
Déférent envers des opinions qu’il ne partageait pas, mais qu’il estimait consacrées, respectables, nécessaires à l’harmonie du monde, il assistait aux offices, les suivait livre en main, mais ne pratiquait pas. A la Saint-Gratien il décrochait une épée pour commander la double haie d’exempts de la manse, afin de donner une solennité plus grande à la procession.
Conformément à un ancien privilège féodal, il alternait avec le seigneur d’Aygues pour offrir le dimanche, à la cathédrale, le pain bénit.
A la table du Cardinal, il lui arrivait de placer un bon mot dans les disputes théologiques.
Qu’y avait-il au-delà de la vie ? Mystère ! La mort l’attirait par son inconnu même.
Sa décision d’homme d’action était prompte. Elle fut vite prise.
Il se tuerait ce soir « pour faire le Grand Voyage » qui sollicitait sa curiosité.