Elle récitait, afin de s’absorber, des Ave Maria pour les défunts. Soudain, un souffle courut, glaça ses épaules, balaya la terre et les branches. C’était « la flûte douloureuse du vent d’Ouest qui semble l’âme des trépassés sur les toits ».
Elle était au tiers de la rue. Elle ne put s’empêcher de regarder du côté du mur. Par une fente on entrevoyait une statue : ses bras brisés offraient à Anne la tragique image de son unique amour.
Les branches des sapins frissonnaient comme elles avaient frémi quand elle s’était donnée… Ah ! c’étaient bien les mêmes rumeurs ! Seulement la bise rauque de l’Hiver les lui renvoyait plus creuses, plus sépulcrales, comme un écho lointain de la voix des Morts…
Folle, elle gravit la montée à toutes jambes, la respiration en suspens, semblant poursuivie par un spectre.
Heureusement, tout près, elle voyait sa maison. Elle se précipita sur le marteau et frappa la porte à coups redoublés.
Dedans Germain, respectueusement bourru, répondit : « J’y vais… j’y vais, Madame… Les loups-garous ne courent pas les rues. »
Plus morte que vive, elle tomba dans son salon, sur une bergère, au coin du feu. Cela lui faisait trop de mal aussi, tous ces souvenirs…
Les braises étaient roses. Dans une cage, des canaris dormaient, tranquilles. Une lampe, l’abat-jour bas, versait de grasses lueurs d’or. Des miniatures du Cardinal et du Vidame étaient suspendues aux murs, et aussi les épées de ce dernier, dépaysées dans une chambre paisible de vieille fille.
Anne de Corsen se remettait peu à peu de sa frayeur.
Quand elle eut repris ses sens, elle alla vers une armoire qu’elle ouvrit : L’uniforme des Gendarmes était là, rouge et argent, enveloppé dans du linge, embaumé de camphre.