Les familles étaient équivalentes, la fortune très supérieure du côté du mari. Ce fut ce que l’on appela « un beau mariage » pour Nicole. Seuls quelques esprits caustiques s’amusèrent à remarquer la malice du hasard qui, sur l’argenterie commune, avait uni en écussons la harpe des Vercors au pourceau de fable des Porcieu.

En apparence, tout allait bien. Monsieur concédait à Madame six mois de Paris, de février à juillet, et Madame, pour contenter Monsieur par une revanche généreuse, consentait à venir s’enfermer pendant l’automne et l’hiver à la Roche-Panse, magnifique demeure du quatorzième avec des poternes, des souterrains, des douves, des légendes sinistres à foison, des murs épais d’un mètre, entre lesquels, tant bien que mal, Nicole essaya d’implanter le confort.

Mais Nicole avait trop de nerfs et son mari, pas assez.

A Paris, tandis qu’elle, tendue comme un fil, frémissait à tous les souffles de sensibilité excessive qui traversent notre époque, lui, désœuvré, regrettait Roche-Panse, ses fermiers, ses bois, ses battues, allait au club pour tuer le temps, revenait souvent d’une humeur de dogue ; toutefois, comme presque tous les hommes, il se laissait mener en grognant, ce qui est le principal.

Nicole, soumise aux influences de la capitale, prodigieuse usine de nervosité, rêvait autre chose.

Non pas qu’elle lût beaucoup : M. Anatole France a expliqué quelque part l’embarras qu’éprouvent les femmes du monde à se procurer un livre. Mais c’est dans l’air.

Il faut jouir, jouir à tout prix, jouir à la hâte.

Du haut en bas de la société, d’un bout à l’autre de Paris, dans la rue, au Bois, au théâtre, en écoutant les tsiganes ou les vers de Mme de Noailles, on éprouve ce frisson-là :

« Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants

Au séjour solitaire,