Les Latune, richissimes banquiers, tenaient de véritables « Grands Jours » dans le pays. C’était un tribunal de « mondanités » dont les arrêts redoutables faisaient loi. Sévères dans leurs relations — d’autant plus qu’on pouvait l’être pour eux-mêmes — ils n’invitaient que des gens de marque. Pierre Le Houx fut invité, tout juste.
Nicole dut intercéder, ce qui la gêna.
Ils connurent donc pendant quelques valses la suprême douceur de s’enlacer, de mêler leurs haleines. Ils purent glisser ensemble sur le Fleuve où les violons tsiganes faisaient courir, incomparables cantilènes, les frissons de la Mort joints à ceux de l’Amour.
Ils ne voulurent cependant pas danser le cotillon ensemble. A peine s’ils échangèrent quelques phrases intimes dans la galerie, en se rendant au buffet.
Tout cela eut une fin. A deux heures, l’on se retira. Oui, déjà : la plupart avaient une longue retraite à faire.
Les Puylaurens étaient partis, oubliant Pierre dans le flot tumultueux de leurs hôtes.
Nicole, au comble de la joie, proposa à son mari « de ramener ce pauvre M. Le Houx que l’on déposerait au Vautrait, en passant ».
M. de Porcieu y consentit, non sans un regard soupçonneux.
Sur les coussins de velours gris à côtes du confortable omnibus ils se casèrent six, avec peine.