Puis sa mère fut très malade : un instant on put craindre que le plan si habilement ourdi ne fût déchiré d’un seul coup.

Aucune prière ne monta vers le Ciel plus fervente que celles de Nicole de Porcieu pour le rétablissement de Mme la baronne Le Houx.

Ces prières furent exaucées, au détriment par exemple de la tranquillité de Pierre, car depuis qu’il était au Vautrait le rôle auquel il s’était astreint le condamnait à faire des kilomètres, par le soleil ou par la boue, le fusil sur l’épaule — et à paraître enchanté.

De temps en temps il avait bien, il est vrai, quelques compensations. Nicole venait en visite, mais elle ne pouvait dépasser les limites assignées par les usages.

Jamais les Puylaurens n’avaient trouvé si aimable cette petite femme d’habitude froide, réservée, hautaine. Ils lui rendaient ses visites avec exactitude, accompagnés par toute leur bande d’invités.

Et Pierre ne les trouvait point encore assez polis.

Au milieu de tous ces gens, lui et Nicole ne pouvaient guère se voir, se causer, dire ce qu’ils auraient voulu.

Et c’était ainsi à chacune des occasions de rencontre : aux déjeuners, aux dîners, aux chasses, aux battues.

Une fois, Nicole l’invita seul à déjeuner. M. de Porcieu étant parti aussitôt après faire une tournée à l’effet d’instruire ses gardes, ils eurent quelques bonnes heures ensemble. Le seul résultat fut de leur en faire désirer d’autres, mais Mme de Porcieu n’osa renouveler cette audace.

« En province, comme l’a dit spirituellement quelqu’un, la plus grande occupation est de s’occuper aux affaires des autres. » Nicole le savait et elle n’avait pas renoncé à sa réputation. Enfin un jour, « le Ciel » — comme elle le dit — vint à leur secours : les Latune donnèrent un bal.