Chacun, littéralement incrusté à sa place, ne s’en plaignait pas : on avait chaud.

Mme de Raines et son mari, las, ayant au bord des lèvres l’écœurement des fins de fête et du petit matin, fermaient les yeux. Quelques propos se croisèrent.

— Beau bal ! dit Boissonnas.

— Ah ! avec de l’argent…, répondit Porcieu d’un ton bourru.

— C’est déjà un mérite, reprit son cousin. Aujourd’hui, avec de l’argent, tant de gens ne savent faire que des choses laides.

— Autrefois, plaça Pierre, on avait du goût. La société n’était pas encombrée de parvenus.

Nicole, toute fière des connaissances de son jeune ami, affirma avec conviction :

— C’est bien vrai !

— Croyez-vous ? demanda poliment le vieux gentilhomme. Je ne saurais être tout à fait de votre avis. Au dix-huitième, par exemple, on goûtait fort la Finance, tout comme de nos jours. La société courait chez Samuel Bernard. Mlle de Jarente épousait un financier, la Raynière. Le tout-puissant banquier Laborde mariait ses filles à certains qui tenaient de hautes charges à la cour.

Le monde n’a peut-être pas tant changé qu’on pense. Le Veau d’Or y a constamment été adoré. Toutefois, je vous accorde qu’il y avait des différences dans l’emploi de l’argent. Les traitants avaient en général une prodigalité magnifique, un sens de l’art et des artistes qu’ils n’ont pas toujours à présent.