Pierre ne disait rien, n’avait qu’une pensée : Dans quelques minutes on serait au Vautrait, et ce bonheur pour lequel il s’était donné tant de mal, dont il n’avait pu recueillir que des miettes furtives, serait évanoui.
Le surlendemain, il lui faudrait repartir…
Quant à Nicole, elle frémissait comme une feuille. Dans l’ombre ses yeux verts jetaient ces lueurs étranges dont ils s’éclairaient quand elle était fortement émue.
Des paroles rimées lui bourdonnaient en tête :
Déjà ta vie ardente incline vers le soir,
Respire ta jeunesse.
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir
De l’aube au jour qui baisse !
C’était cela, la jeunesse ! Une course où l’on n’avait le temps de rien, un amour que l’on ne pouvait satisfaire… les « Autres »… beaucoup de fièvres et beaucoup de peines, beaucoup de mécomptes et beaucoup de désirs… tout cela pour arriver à quoi, mon Dieu ?… A la Grande Nuit.
Pierre descendait. Elle lui serra la main sans chaleur, avec tristesse.