— Gouverne toujours là-dessus, mon fi, dit-il au petit gabier de barre en lui désignant la montagne.

Puis se tournant vers un timonier qui s’amusait à regarder un rassemblement d’Arabes dans ses jumelles :

— F…-moi la paix avec ces bêtises-là et cherche le mât de pavillon de la maison du gouverneur.

Il se mit à le chercher, lui aussi, avec sa lorgnette, ses mains trapues formant abat-jour. Au bout d’un instant il les laissa tomber et, bousculant le petit gabier :

— La barre à droite, couillonneau ; tu vois pas que tu nous mènes droit sur la roche qui est marquée là. (Il pointait la place sur la carte avec son gros doigt.)

— Tu veux passer ton examen du long cours et t’es pas encore fichu de lire une carte. Allons, gouverne-moi sur l’avant du grand boutre, tu le vois ? peint en vert, mouillé près du quai ?… Et ce mât de pavillon ? T’es pas dessus ? Non, mais parlez-moi d’une andouille ? Tu ne le vois pas, grand idiot, là, par le montant de tente ?… Je n’ai plus d’yeux bientôt et j’y vois pourtant plus clair que toi.

Puis avec l’alidade du compas il releva le mât de pavillon au N.-N.-E. Alors il se pencha vers le porte-voix de la machine et sonnant le timbre : « 100 tours » !

Maintenant on voyait distinctement la petite ville, toute blanche, adossée à des falaises rougeâtres, perchée fière et rébarbative dans l’isolement complet, dans l’aridité du désert. Deux mosquées dominaient son mur d’enceinte crénelé. Une dizaine de « boutres », bateaux arabes à mines de caravelles, se balançaient dans le port. Une populace en haillons gesticulait sur le quai.

Lefort cria au second, M. de Raimondis, debout à son poste sur l’avant :

— Est-on paré à mouiller ?