— Oh ! commandant !… comment pouvez-vous penser ?… Mais songez, c’est un prince souverain, une sorte de roi, qui…
— Et moi ? qu’est-ce que je suis alors ? Est-ce que je ne suis pas roi ici ? roi à mon bord ? De quoi ! Et puis je représente la France, vous m’entendez bien. Non, mais est-ce que nous allons nous mettre à lécher les bottes du premier gorille venu ?
S’il veut me voir, ce lapin-là, il n’a qu’à venir, heureux encore que je veuille bien recevoir ses puces.
Raimondis crut devoir intervenir.
— Cependant, commandant, si les torpilleurs relâchent ici, peut-être, pour ne pas s’aliéner la bienveillance…
— Vous, vous me faites suer : c’est compris… Je ne suis pas les torpilleurs… Le commandant supérieur fera ce qu’il voudra, je m’en bats l’œil. Quant à moi, non, non, non, trois fois non. Est-ce clair ? Me le faites pas répéter.
— Et le majordome qui attend à la coupée ?
— Foutez-lui mon pied dans le cul et ma considération par-dessus le marché. Et puis, ouste… assez causé. J’ai de l’ouvrage pour trente-six ; fichez-moi le camp à terre et que je ne vous revoie pas autrement que flanqués chacun de deux ânes sauvages !…
Cogne-Dur, joignant le geste à la parole poussait déjà les deux jeunes gens vers l’étroit couloir, sans vouloir y mettre de force, et pourtant si rudement que Latullère manqua tomber. Quand ils furent sortis, il se frotta les mains, tout content de leur joie. Il pensait aussi à l’« Arbi » qui se morfondait en l’attendant, au chauffeur devenu majordome, à la bonne farce que les ânes sauvages allaient jouer à ses officiers.
Après quelque temps, il ne put se tenir d’aller contempler le départ des chasseurs.