— Non, mais ils ont l’air de croire qu’ils vont nous avaler ces bougres-là !
Un nomade osa courir sur lui, le sabre haut. D’un coup de sa matraque « Cogne-Dur » lui cassa les reins sans même ralentir le pas.
— En avant, mes garçons… A la baïonnette !… hurrah !…
Dix voix répétèrent le hurrah à pleine poitrine.
C’étaient les Francs, les Francs invincibles, les vainqueurs des Mameluks, ceux dont la furie, les exploits, depuis Bouillon jusqu’à Bonaparte, se racontent dans tout l’Orient, se transmettent, s’amplifient de père en fils, de tribu en tribu, aux longues veillées du désert.
La ligne noire s’ouvrit comme un rideau : Les marins passèrent. Dix siècles de légendes, d’héroïsme, de chevauchées et de conquêtes avaient passé avant eux.
Ils étaient au pied du tombeau.
— Ah ! Commandant…!
— Pas d’effusions. En route. Colonne par deux. L’arme sur l’épaule. En ordre, pas cadencé. Et chantez !
Essoufflés, les hommes hésitaient, cherchant dans leur mémoire. Lefort entonna Sambre-et-Meuse d’une voix formidable. Ils reprirent le refrain et traversèrent une seconde fois les nomades qui les regardaient avec stupeur.