— Ils tiennent toujours… allongez le pas, sans courir.

Des groupes hostiles les dévisageaient, s’ouvraient pourtant sur leur passage en proférant des injures sourdes.

Ils arrivèrent au campement des nomades. Des petites tentes au ras du sol semblaient de véritables tanières. De vieilles femmes sans voiles montraient leurs visages hideux. Des chameaux levaient leurs têtes de reptiles. Au delà le désert s’ouvrait avec des buissons d’épines grises et comme des sortes de routes qui divergeaient.

Un millier d’individus noirs, entièrement nus, sauf un pagne autour des reins, le turban sur la tête, sabres, poignards et lances aux mains, gesticulaient devant un petit tombeau blanc à coupole. D’autres, armés de fusils, couverts d’oripeaux multicolores — la garde du sultan — étaient mêlés à eux.

Parfois un fanatique se précipitait. Alors un coup sec retentissait — la Winchester de M. Raimondis — l’homme tombait. Un peu de fumée montait sur le tombeau et de grands cris s’élevaient dans la horde.

— A gauche en ligne, sur un rang ! coude à coude… baïonnette au canon, pas de charge !

Lefort s’était placé devant le centre. Son gourdin à la main, il faisait des enjambées gigantesques.

Les nomades s’étaient retournés pour faire face à cette agression imprévue. Ils n’étaient pas beaux. Leurs corps, tout en muscles et en nerfs, étaient enduits d’une graisse de mouton qui empestait. On était tout près, maintenant. On voyait leurs dents sinistres. Un grand brouhaha se produisit parmi eux, un flottement, la préparation à se précipiter sur la petite troupe qui avançait rapide, toujours muette, sans tirer.

Il semblait tout de même aux hommes qu’ils faisaient là quelque chose d’un peu fou, petite poignée perdue au fond du désert d’Arabie, à des milliers de lieues de tout secours, exposés à des supplices atroces s’ils ne réussissaient pas.

Une force inouïe les reliait malgré eux à ce diable d’homme qui marchait à grandes enjambées. Derrière lui ils auraient traversé l’enfer. Se voix se fit entendre, gaillarde :