— Mes enfants… c’est très bien… quand je dis : c’est très bien, je veux dire aussi : c’est très mal…, car auparavant vous vous êtes conduits comme des cochons…, comme des…, comme des…
Il cherchait ne rencontrant pas d’expression plus forte pour traduire sa pensée.
— Vous faites pleurer votre vieux commandant… comme une vieille bête qu’il est… qu’il a la bêtise d’être… Enfin, vous vous êtes bien conduits… c’est égal, ce que vous avez fait tout à l’heure, ça… ça…
Il finit par dire — « ça ne se fait pas ! » Et montrant ceux qui l’avaient accompagné : « Rigolot, f…-moi la « double » à ces saligauds-là ! Et motus ! Me faites pas attraper de blâme pour avoir, comme un étourneau, laissé trop de monde aller à terre ! »
Les hommes pensaient comme lui à présent. Plusieurs pleuraient. Des chauffeurs disaient : « Même qu’il a raison, le vieux ! »
Tout à coup un remue-ménage qui se passait dans le port détourna l’attention de tous. Des torches traversaient à la course l’air confus de la nuit commençante ; puis leurs reflets résineux et rouges s’agitèrent sur l’eau.
— Les Arabes. — Aux postes de combat !
Non, on apercevait maintenant, sortant de la pénombre, une étrange barque, toute dorée, dont la proue barbare et très haute voulait imiter un cygne ; elle s’avançait à coups d’avirons lourds, scandés par un chant, une espèce de psalmodie gutturale. Debout sur l’avant, un homme habillé en bleu et rose, avec des colliers d’ambre, glapissait en charabias :
— Sultan venir visite, sultan venir visite… sultan, grand sultan, comme Constantinople !
— Ah ! ah ! M. Latullère. Tenez, je vais vous faire plaisir : huit hommes à tribord ! Huit hommes de la compagnie de débarquement se rangèrent, poudreux, non déséquipés, formant la haie jusqu’à l’arrière.