[ [43] Voyez Barbeyrac, Traité de la morale des pères, chap. VII, § 14 et suivans.

Il est bon d'observer qu'Origène a été durement censuré par plusieurs des pères de l'église pour ces interprétations absurdes de l'écriture; mais il faut remarquer en même tems que ceux qui l'ont le plus blâmé, tels que St. Jérôme, St. Chrysostôme, St. Augustin, St. Hilaire, St. Ambroise et St. Grégoire, sont souvent tombés dans les mêmes absurdités qu'ils reprochent à ce docteur.

Cependant si Origène a souvent allégorisé des passages de l'Écriture qui devaient être pris dans un sens littéral, il est certain qu'il en a pris beaucoup d'autres à la lettre qui auraient dû s'entendre allégoriquement. C'est ainsi que prenant à la lettre le passage de St. Luc où il est dit de ne point songer à la vie, ni de ce que l'on mangera, ni de ce dont on se vêtira, Eusèbe nous apprend qu'Origène n'avait qu'un seul habit, allait toujours nuds pieds, et ne songeait jamais au lendemain. Bien plus, ce pauvre homme prit à la lettre le passage qui se trouve dans le chapitre XIX, vers. 12, de St. Mathieu, où Jésus-Christ dit: il y a des Eunuques gui se sont faits eux-mêmes Eunuques pour le royaume des cieux; en conséquence il se priva de sa virilité.

Si à toutes ces interprétations ridicules des écritures que nous donnent les pères de l'église, aux faux miracles qu'ils rapportent, aux opinions extravagantes qu'ils débitent, nous joignons encore qu'ils ont presque toujours enseigné ou pratiqué la persécution toutes les fois qu'ils en ont eu le pouvoir et que les intérêts de leur parti l'exigeait, nous sentirons pourquoi les prêtres de l'église romaine se font un devoir de persécuter. Nous avons fait voir ci-devant jusqu'où les Athanases, les Cyrilles, les Chrysostômes ont porté l'esprit d'intolérance, la cruauté religieuse, la sédition. Dans certaines occasions St. Augustin s'est montré humain et pacifique, il disait aux Manichéens: «que ceux-là sévissent contre vous qui ignorent avec quelle difficulté l'on parvient à guérir l'œil intérieur de l'homme au point de pouvoir envisager son soleil». Mais depuis, ce grand saint a bien changé de ton; il prit l'esprit des évêques ses confrères et se déclara comme eux pour la violence et la persécution; en conséquence, Barbeyrac le qualifie de patriarche des chrétiens persécuteurs, vû qu'il fut le premier qui fit l'apologie de la persécution, et qu'il est l'auteur de tous les sophismes dont les théologiens se sont servis depuis pour défendre une conduite et des sentimens si contraires aux lumières du bon sens, à l'équité naturelle, à la charité chrétienne, à la bonne politique, à l'esprit évangélique. Ainsi c'est avec raison que Barbeyrac dit des saints pères, à Dieu ne plaise que nous prenions de tels docteurs pour nos maîtres et nos guides en matière de morale.

Il est aisé de sentir les effets que doit produire l'étude des ouvrages de ces hommes révérés sur les ecclésiastiques de la communion romaine et sur d'autres qui ont le même respect pour leurs décisions. Ne soyons point étonnés que ces pères soient regardés comme des oracles par les adhérens du pape, c'est à eux que sont dus la plupart des dogmes ridicules, des opinions abominables et des cérémonies superstitieuses dont la religion romaine est remplie: l'on a donc lieu d'être surpris de voir des théologiens protestans montrer pour eux la même déférence; cette façon de penser peut à la longue faire adopter aux protestans les mêmes illusions, les mêmes doctrines pernicieuses lorsqu'elles seront inculquées par des hommes stupides ou fripons. En conséquence, nous voyons que les protestans qui ont été les partisans les plus zélés des pères et qui ont voulu que l'on eût la plus aveugle soumission pour leur autorité, ont été généralement parlant les plus portés à la superstition, à des dogmes inintelligibles, à la persécution.

Il est encore facile de voir combien ces pères si vantés sont propres à étouffer, dans ceux qui les étudient, le goût de la vraie science, que la plupart de ces saints ont fortement décriée. Les théologiens, toujours animés du désir de dominer, n'ont en effet rien de mieux à faire que de détourner les esprits des hommes des objets importans, dont l'intérêt du clergé veut les occuper uniquement. Leur empire serait bientôt détruit si les laïques venaient à s'éclairer. En conséquence, nous voyons les plus grandes lumières de l'église s'élever avec force contre les sciences mondaines; S. Jérôme, dans son commentaire sur l'épître de S. Paul, montre un souverain mépris pour la géométrie, l'arithmétique, la musique; il veut qu'on s'en tienne à la science de la piété. S. Augustin dit pareillement que les bons chrétiens doivent mépriser l'astronomie et la géométrie, parce que ces sciences ne contribuent point au salut et ne servent qu'à jetter dans l'erreur. Ces deux sciences ont encore le malheur de déplaire à S. Ambroise, elles n'apprennent, selon lui, qu'à s'égarer. S. Grégoire, pape, s'est sur-tout signalé par un zèle vraiment barbare contre les ouvrages des anciens, qu'il a détruit, peut-être, plus encore que le calife Musulman, qui fit brûler les livres de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Enfin le clergé romain, imbu des idées de ces pères, a suivi leurs traces, et par-tout où il en eut le pouvoir, il éteignit toutes les sciences, les arts et l'industrie, comme on peut sur-tout s'en convaincre en voyant la situation de l'Espagne et du Portugal.

[SECTION IV.]

Questions odieuses, ridicules et indécentes qui ont été agitées.—De la théologie scholastique.

Saint Thomas d'Aquin, communément nommé le docteur angélique, l'aigle de la théologie, parmi une infinité de questions impertinentes, a proposé les suivantes: Pourquoi Jésus-Christ ne s'était pas fait hermaphrodite? Pourquoi le Sauveur n'avait pas pris le sexe féminin? Si les saints ressusciteraient avec leurs intestins? Si Jésus-Christ est ressuscité avec la vésicule du fiel? S'il y aurait des excrémens en paradis?

Albert-le-Grand, qui fut le maître de Saint Thomas d'Aquin, emploie dans ses œuvres vingt-quatre chapitres à discuter les questions suivantes qui ont jadis grandement occupé les théologiens scholastiques: Si l'ange Gabriel est apparu à la vierge Marie sous la forme d'un serpent, d'un pigeon, d'un homme, ou d'une femme? Si cet ange se montra sous la forme d'un jeune homme ou d'un vieillard? Comment il était vêtu? Si son habillement était blanc ou de deux couleurs; si son linge était blanc ou sale? En quel moment il s'est montré? Si c'était le matin, à midi, ou le soir? Quelle était la couleur des cheveux de la vierge Marie? Si Marie était versée dans les arts libéraux ou mécaniques? Si elle avait des connaissances dans la grammaire, la réthorique, la logique, la musique, l'astronomie? etc., etc., etc.