S. Antonin, autre théologien scholastique du premier ordre, se propose les questions suivantes: Si la mère de Dieu, étant un homme, aurait pu devenir le père naturel de Jésus-Christ? Si Marie, étant enceinte et assise, Jésus-Christ était assis comme elle? S'il était couché lorsqu'elle-même était couchée?
L'on peut joindre à ces questions un grand nombre d'autres qui ont occupé les théologiens scholastiques; elles ne le cèdent point à celles qui ont été rapportées, en impertinence et en indécence, au point que nous nous croyons obligés de les rapporter en latin. Les voici:
- Utrum semen Christi potuerit generare?
- Utrum verbum potuit hypostaticè uniri naturæ irrationali, puta equi, asini, etc.?
- Utrum potuit uniri hypostaticè naturæ diabolicæ, naturæ humanæ damnatæ peccato, etc.?
- In quo casu veræ essent hæ propositiones, Deus est equus, asinus, diabolus, damnatus, peccatum?
- Utrum Christus resurgendo resumpsit præputium, si porro resumpsit, quo pacto, quove modo servatur in terris?[44]
[ [44] Le lecteur observera que Sainte Brigitte, au VIe livre de ses révélations ou rêveries, dit que la vierge Marie lui a dit que peu de temps avant son assomption elle avait confié le saint prépuce de son fils à St. Jean. On dit que cette précieuse relique est actuellement gardée dans l'église de St. Jean de Latran, à Rome, où tout les ans, durant la semaine de Pâque, on l'expose à la vénération des fidèles. Cependant le cardinal Tolet assure que ce prépuce fut jadis volé de cette église et fut transporté à Calcata, en Italie, où il fit de grands miracles. Plusieurs villes d'Allemagne prétendent néanmoins le posséder, et le pape Innocent III n'osa pas décider cette importante question. Voyez le IIe discours du docteur Stillingfleet.
Telles sont les questions impudentes qui ont long-tems occupé les théologiens!
Jettons maintenant un coup d'œil sur les pieuses extravagances et les notions fanatiques dont les personnages les plus dévôts de l'église romaine ont rempli leurs ouvrages; je n'en rapporterai que quelques exemples choisis, tirés du livre des maximes des saints, dont le célèbre Fénélon, archevêque de Cambray, est l'auteur.
«La pureté de l'amour divin, selon S. François de Sales, consiste à ne rien vouloir pour soi-même, à ne chercher que le bon plaisir de Dieu, au point de préférer, si c'était son plaisir, les tourmens éternels à la gloire.» Le même saint dit que, s'il savait que sa propre damnation plût un peu plus à Dieu que son salut, il quitterait son salut pour courir à la damnation... Il dit encore ailleurs: «Je n'ai presqu'aucuns désirs, mais si j'avais à renaître, je voudrais n'en avoir point du tout. Si Dieu venait à moi, j'irais aussi à lui, s'il ne voulait point venir à moi, je me tiendrais tranquille et je n'irais point à lui».
Fénélon nous apprend que les ouvrages des saints les plus estimés des derniers siècles se sont remplis de semblables expressions, qui toutes se réduisent à dire que l'on ne doit plus avoir de désirs intéressés, pas même pour le mérite, la perfection ni pour le salut éternel; il ajoute qu'il n'y a point d'équivoques là-dessus, et que c'est le langage des pères, des docteurs de l'école et de tous les saints.
Une âme désintéressée, dit S. François de Sales, n'aime point les vertus, parce qu'elles sont belles et pures, ni parce qu'elles sont aimables, ni parce qu'elles ornent et rendent aimables ceux qui les pratiquent, ni parce qu'elles sont méritoires et rendent l'homme digne des récompenses éternelles, mais uniquement parce qu'elles sont la volonté de Dieu.
Le mariage spirituel, dit Fénélon, unit immédiatement l'épouse avec l'époux, essence avec essence, substance avec substance, c'est-à-dire, la volonté à la volonté à l'aide de cet amour pur dont il est question. Alors Dieu et l'âme ne font qu'un même esprit, de même que dans le mariage l'époux et l'épouse ne font qu'une même chair.