Les Soliloques de S. Augustin, sont remplis d'un pareil langage enthousiaste et inintelligible que le fanatisme prend pour de la dévotion, et qui n'est réellement qu'un galimathias extravagant. S. Antoine, hermite, avait coutume de dire que pour que la prière fût parfaite, il fallait que celui qui prie ne s'entendît pas lui-même.
Que dirons-nous des dévotions mystiques d'une sainte Thérèse, qui s'est rendue fameuse par sa ferveur, ses visions et ses extases, ses amours avec Jésus-Christ? Il est vrai que cette sainte nous apprend elle-même la vraie cause de sa dévotion. Elle nous dit que ceux qui l'environnaient, craignaient souvent qu'elle ne fût folle, tant était grande sa mélancolie et ses vapeurs, qui l'empêchaient souvent de prendre aucun repos, soit la nuit, soit le jour.
L'on peut en dire autant de la fameuse sainte Catherine de Sienne, et de sainte Marie-Madelaine de Pazzi, qui toutes deux ont prétendu avoir eu l'avantage d'épouser Jésus-Christ. Au reste, il est aisé de sentir de quelle nature était le mal qui tourmentait ces malheureuses créatures. L'état de vapeurs et de mélancolie où ces saintes se trouvaient fréquemment était un effet très naturel de leurs austérités, de leurs jeûnes, de la retraite où elles vivaient enfermées dans leurs couvens: il n'en faut pas davantage pour rendre parfaitement insensées de pauvres filles que la nature avait sans doute pourvues d'un tempéramment ardent et d'une cervelle très faible, empoisonnée par des instructions fanatiques et des exemples qui leur faisaient prendre l'enthousiasme le plus insensé pour la vraie piété.
Quoiqu'il en soit, il faut avouer que, quand les hommes sont imbus de maximes d'une religion fanatique, et veulent la professer, ils ne peuvent se dispenser de devenir des fanatiques et des fous, et que la lecture des vies des saints révérés par une religion absurde, cruelle et persécutante, est très propre à corrompre et l'esprit et le cœur de ceux qui s'en nourrissent. Tels sont les effets que doivent produire sur les ecclésiastiques et les moines de l'église romaine, les légendes, la lecture de l'histoire ecclésiastique, la théologie scholastique et les ouvrages des pères.
[RÉFLEXIONS SUR LES PERSÉCUTIONS RELIGIEUSES ET SUR LES MOYENS DE LES PRÉVENIR.]
[SECTION PREMIÈRE.]
De l'absurdité et de l'injustice de la persécution.
On peut voir par tout ce qui a été dit précédemment de la cruauté religieuse, que sur-tout les ecclésiastiques ont été continuellement les boutefeux du christianisme, et ont allumé parmi les chrétiens les bûchers de la persécution; l'histoire et l'expérience journalière confirment suffisamment cette vérité; un grand nombre qui prétendaient se dévouer entièrement au service de la religion, ont fait de ce qu'ils appellent la maison du Seigneur une caverne de voleurs et de meurtriers; ils ont pillé et détruit les peuples; ils ont ravagé des villes opulentes, ils ont changé des pays fertiles en de vastes déserts.
Il est vrai que les souverains et les magistrats, contre toutes les règles du bon sens, de la saine politique, de l'humanité, de la religion même, se sont laissés persuader, ou même, ce qui est plus honteux, se sont trouvés forcés de leur prêter des secours pour opprimer, tourmenter et détruire leurs propres sujets, des citoyens, des chrétiens. N'est-il pas bien étrange que les princes et ceux qui exercent leur autorité, ne voient pas que dans l'œuvre infernal de la persécution, ils ne sont que les vils instrumens des prêtres avides et sans pitié?
Quels motifs ont induit les gens d'église à jouer un rôle si fameux? Par quels moyens sont-ils devenus assez nombreux pour prendre un si grand ascendant dans le monde chrétien? Qu'est-ce qui les a mis en état de persécuter et de tyranniser d'une façon si cruelle? C'est ce que nous avons suffisamment développé ci-devant; cependant nous allons encore analyser ces causes d'une façon plus particulière, dans l'espérance que cet examen pourra conduire à la découverte des remèdes que l'on pourrait opposer à un mal aussi terrible que la persécution pour cause de religion.