»Je vous envoie beaucoup de lettres que j'ai reçues par des paquets de Vienne. Il y en a une que j'ai ouverte parce qu'il y avait des projets de règlements pour mon écurie. Je vous envoie la lettre de M. Ballouhey qui y était jointe. J'en ai reçu, aussi, à votre adresse, de M. Marescalchi que j'ai gardées.
»Je vous prie de répéter encore à M. Ballouhey[ [37] comme il me serait nécessaire pour mes affaires; je voudrais qu'il puisse venir avant que je parte pour l'Italie, mes affaires seront, sans cela, dans un désordre terrible.
»J'espère que votre santée (sic) est bonne; la mienne se trouve fort bien de l'usage des bains; j'en ai déjà pris cinq, et je promène (me) toujours beaucoup dans d'aussi beaux chemins que ceux que j'ai parcourus avec vous. Le reste du temps se passe à écrire la relation du journal de mon voyage à Chamouny; Isabey en a déjà fait les vignettes; elles sont charmantes. Je n'ai pas autant avancé le texte. Vous savez tous les matériaux que vous deviez m'apporter pour rédiger la copie, je n'en ai pas besoin. Si vous voulez les garder je vous conseille de les faire mettre dans une caisse pour les envoyer à Parme; sans cela je vous conseille de vous en défaire le plus tôt possible. J'aime mieux que cela ne se fasse pas à présent, car je suis d'une telle paresse que je suis à peine dans le moment où nous passons le torrent de la Gria...
»J'espère que Mme de Menneval ne m'aura pas oubliée; je la plains bien de cette chaleur... Comme elle doit en souffrir à cause de sa grossesse; elle est si forte ici que nous pouvons à peine sortir des maisons.
»Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles, cela m'inquiète; je crois cependant que vous m'écrivez, au moins on devrait avoir la galanterie de me faire passer les lettres après les avoir lues. Je vous prie de croire à toute mon amitié.
»Votre très affectionnée,
»LOUISE.»
«P. S.—J'ai reçu hier votre lettre du 23 et j'ai vu avec bien du plaisir que votre santé est bonne; j'attends votre autre lettre pour vous répondre plus en détail[ [38].»
La candeur des lettres qu'on vient de lire montre bien, croyons-nous, que Marie-Louise n'était agitée dans ce moment d'aucune pensée coupable; et il existe de sérieuses raisons de présumer que cet état d'innocence absolue persistera, en elle, jusqu'à l'époque de son excursion dans les glaciers de l'Oberland suisse, en compagnie du général Neipperg, dans le courant de septembre 1814. Le rêve dominant, la pensée pour ainsi dire unique de l'Impératrice, pendant son séjour à Aix, c'était Parme et la crainte des obstacles qui semblaient se dresser entre elle et l'objet de ses désirs les plus ardents. Les alternatives d'espoir ou d'appréhension qui agitaient l'esprit de Marie-Louise, à cet égard, se manifestent dans presque toutes les lettres de sa correspondance avec mon grand-père:
«Aix-en-Savoie, ce 4 août 1814.