»Adieu bon ami, l'impromptu du docteur ne me laisse que le temps de vous assurer de mon sincère et tendre attachement.

»A. de B.

»Donnez-moi de vos nouvelles bien détaillées et de vos enfants. Ne négligez pas vos intérêts à Paris, mais tâchez de nous revenir bien vite!»

Est-ce à l'Impératrice que madame de Brignole, en terminant sa lettre, entend délivrer ce certificat de bonne vie et mœurs? Venant de sa part il ne nous semblerait pas décisif, car la comtesse excellait, en cas de besoin, dans l'art de fermer les yeux et de ne rien entendre. C'était d'ailleurs une femme douée d'une intelligence supérieure, une des rares personnes de son sexe que l'empereur Napoléon ait consenti à employer dans les négociations—dans celles entre autres avec le Saint-Siège. Mme de Brignole joignait aux dons de l'esprit un tempérament naturellement porté vers l'intrigue, tendance qui ne lui aurait pas permis de demeurer inébranlablement fidèle aux causes que la fortune abandonnait sans retour. Cette habitude d'intrigue—parfois même innocente, dit mon grand-père—était devenue un besoin pour cette femme remarquable, accoutumée à la considération qu'eurent toujours pour elle les hommes distingués dans tous les partis; mais elle ne trouvait guère d'aliments auprès d'une princesse qui ne prenait rien sérieusement à cœur.

Aussitôt après avoir reçu du ministre Metternich la lettre décourageante qui lui fermait, pour un espace de temps encore plus prolongé qu'elle ne se l'imaginait, l'accès de son duché de Parme, l'impératrice Marie-Louise écrivait le soir du 15 août, à son fidèle correspondant, la lettre suivante:

«Aix, ce 15 août 1814 (soir).

»Je viens de recevoir votre lettre du 9 août; je suis vraiment désolée de la longueur du temps; on reçoit de bien anciennes nouvelles. Je vous envoie une copie d'une lettre du prince de Metternich qui vous apprendra la nouvelle que M. Karaczaï m'a rapportée. Je suis bien malheureuse de l'idée d'être obligée de retourner à Vienne, d'autant plus qu'on ne me donne nulle bonne raison. Je compte donc ne pas aller à Vienne avant la fin de septembre ou le commencement d'octobre. Je partirai d'ici le 3 ou le 4 septembre, et j'irai à Genève et de là à Berne où je resterai quinze jours, et une huitaine dans la première ville; après quoi j'irai à Vienne.

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»Si vous venez partager mon exil, je sens tout ce que cela aura de pénible pour vous; mais en même temps je suis trop égoïste pour ne pas le désirer. J'ai besoin de vos conseils, de votre conversation; vous savez toute la confiance que j'ai en vous, et une des idées les plus douces auxquelles je puisse m'arrêter, dans ce moment, est de vous garder près de moi.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

»LOUISE.»

Une lettre du 20 août 1814, entièrement de la main de l'impératrice Marie-Louise, comme toutes celles qui précèdent et celles qui suivront, a été déjà publiée; elle mérite cependant, croyons-nous, d'être ici reproduite in extenso: