Héliog. Dujardin.
AIMÉE-VIRGINIE-JOSÉPHINE DE MONTVERNOT, BARONNE DEMÉNEVAL
1812
d'après une miniature d'Isabey.
CHAPITRE XVIII
Mme de Brignole et Bausset malades.—Les intrigues continuent à la petite cour de Schönbrunn.—Nouvelles difficultés à propos du duché de Parme.—Gentz donne ses conseils à Marie-Louise et à Neipperg.—L'abbé Werner, anecdote.—L'empereur Alexandre vient déjeuner à Schönbrunn.—Amabilité de ce prince.
Les malades de la maison française de l'Impératrice à Schönbrunn ne se remettaient pas sensiblement, ni surtout rapidement, de leurs maux. Mon grand-père, dans une de ses lettres comparait M. de Bausset à un martyr profane, et ajoutait en parlant de lui: «Voilà quinze jours qu'il est tenaillé par des douleurs affreuses, qui lui ôtent le sommeil et l'appétit, et le font hurler comme un taureau. Mais tel est son embonpoint que cet horrible régime n'a pu le diminuer! Quand il s'efforce de se remuer dans son lit, on dirait un éléphant caché sous ses couvertures. Il commence pourtant à mieux aller, et j'espère qu'avant huit jours nous verrons Mme de Brignole et lui, dressés sur leurs pattes de derrière...
»1er février 1815.»
La goutte, au palais de Schönbrunn, d'après les notes quotidiennes relevées sur notre Journal, n'empêchait guère à ce qu'il paraît les intrigues d'aller leur train. Tout en en constatant une recrudescence assez marquée dans le courant de février 1815, la concision exagérée des termes, employés pour en signaler la persévérance, ne permet pas malheureusement d'en préciser le caractère, ni la nature spéciale. On ne prenait pas semble-t-il assez de soin, à la petite cour de l'Impératrice, de la garde des papiers compromettants,—ainsi, du reste, que tend à le démontrer l'incident, dont on se souviendra peut-être, survenu à la fin de septembre au Righi, à l'auberge du Soleil d'Or. Malheureusement aussi pour ceux que concernaient ces papiers accusateurs, ils tombaient toujours, par un hasard malencontreux, précisément entre les mains des personnes auxquelles on aurait eu le plus d'intérêt à les dissimuler! Le général Neipperg, mis au courant de cet incident, qui reste pour nous d'ailleurs mystérieux, en prévint l'impératrice Marie-Louise; et le Journal ajoute ces quelques mots d'une brièveté désespérante: explication au sujet de la pièce en question;—complication de faussetés.» Le soir les entrées furent contremandées chez l'Impératrice, laquelle fit seulement appeler dans son salon le fils de la comtesse Brignole qui était venu voir sa mère, toujours souffrante, et dont l'entourage constate l'air abattu et découragé.
Le comte Neipperg, plus zélé que Marie-Louise elle-même, pour les intérêts de cette princesse à Parme, intérêts qui devaient au reste se confondre avec les siens propres, se démenait activement en sa faveur et allait, dans ce but, conférer avec M. de Gentz presque tous les jours. Il s'agissait de lever les derniers obstacles aux éternels atermoiements du ministre Metternich, et les conseils d'un homme tel que Gentz étaient, pour atteindre ce résultat, infiniment précieux. Nous en trouvons la preuve dans le journal tenu par le secrétaire des conférences du Congrès de Vienne qui, à la date du 24 février, inscrit: «Reçu de Neipperg une lettre de remerciements de sa part et de celle de l'impératrice Marie-Louise, pour un bon conseil que je leur ai donné.»
Quel pouvait être ce conseil? Probablement celui de donner au premier ministre de l'empereur François l'assurance formelle de ne pas emmener à Parme le fils de Napoléon, et de renoncer—dès ce moment—à réclamer en sa faveur tout droit à recueillir un jour, en Italie, la succession de sa mère... Marie-Louise, qui n'avait aucune idée d'ambition pour son fils, se résigna sans beaucoup de peine à consentir à ce sacrifice, comme la suite des événements ne tarda guère à le démontrer.
Le 3 février mon grand-père écrivait à sa femme: