Ils ont aussi l'habitude, à des périodes déterminées mais rares, peut-être quatre fois par an, quand ils sont en bonne santé, de faire usage d'un bain chargé de vril[5]. Ils disent que ce fluide, employé avec ménagement, fortifie la santé; mais que si l'en en fait un trop grand usage, lorsqu'on se porte bien, il produit une réaction qui épuise la vitalité. Toutefois, dans presque toutes leurs maladies, ils recourent au vril comme au plus actif des remèdes qui puissent aider la nature à repousser le mal.

[5] J'ai fait usage une fois du bain de vril. Il ressemblait beaucoup par ses propriétés fortifiantes aux bains de Gastein, dont beaucoup de médecins attribuent la puissance à l'électricité; mais les effets du bain de vril sont plus durables.

Ils sont, à leur façon, le plus luxueux des peuples, mais toutes les délicatesses de leur luxe sont innocentes. On peut dire qu'ils vivent dans une atmosphère de musique et de parfums. Toutes les chambres ont des appareils mécaniques destinés à produire des sons mélodieux, dans des tons si doux qu'on dirait des murmures d'esprits invisibles. Ils sont trop accoutumés à ces sons légers pour en être gênés dans leurs conversations, ou même, quand ils sont seuls, dans leurs réflexions. Mais ils pensent que respirer un air constamment chargé de mélodies et de parfums a pour effet d'adoucir et d'élever le caractère et les pensées. Quoiqu'ils soient très sobres, ils ne mangent d'autre nourriture animale que le lait et s'abstiennent absolument de toute boisson enivrante; ils sont extrêmement délicats et difficiles à l'endroit de la nourriture et de la boisson. Dans tous leurs amusements, les vieillards montrent une gaieté enfantine. Le but auquel ils tendent est le bonheur, qu'ils ne cherchent pas dans l'excitation d'un plaisir passager, mais dans les conditions habituelles de leur existence tout entière, et l'exquise aménité de leurs manières montre quel respect ils ont pour le bonheur des autres.

La conformation de leur crâne présente des différences marquées à l'égard de toutes les races connues du monde supérieur, et je ne puis m'empêcher de penser que la forme du leur est un développement, produit par des siècles sans nombre, du type Brachycéphalique de l'Age de pierre dont parle Lyell dans ses Éléments de Géologie, ch. X, p. 113, en le comparant avec le type Dolichocéphalique du commencement de l'Age de fer, correspondant à celui qui est aujourd'hui si commun parmi nous, et qu'on appelle type Celtique. Le crâne des Vril-ya a le même front massif et non pas fuyant comme dans le type Celtique, la même rondeur égale dans les organes frontaux, mais il est plus élevé au sommet, et moins prononcé dans l'hémisphère postérieur où les phrénologues placent les organes animaux. Pour parler la langue des phrénologues, le crâne commun aux Vril-ya a les organes du poids, du nombre, de la musique, de la forme, de l'ordre, de la causalité, très largement développés; ceux de la constructivité beaucoup plus prononcés que ceux de l'idéalité. Ceux qu'on appelle les organes moraux, comme ceux de la conscience ou de la bienfaisance, sont extraordinairement pleins; ceux de l'amativité et de la combativité sont très petits; celui de la ténacité très grand; l'organe de la destructivité (c'est-à-dire de la disposition à supprimer tous les obstacles) est immense, moins pourtant que celui de la bienfaisance, et celui de la philogéniture prend plutôt le caractère de la compassion et de la tendresse pour les êtres qui ont besoin de protection et de secours, que celui de l'amour animal de la progéniture.

Je n'ai pas rencontré une seule personne difforme ou boiteuse. La beauté de leur physionomie ne consiste pas seulement dans la symétrie des traits, mais dans l'égalité de la peau, qui se maintient sans rides jusqu'à la vieillesse la plus avancée, et dans une douce sérénité d'expression jointe à cette majesté que donne le sentiment de la force et d'une complète sécurité physique et morale. C'est cette douceur même, jointe à cette majesté, qui inspirait à un spectateur comme moi, accoutumé à lutter avec les passions de l'humanité, un sentiment d'humilité et de crainte respectueuse. C'est une expression qu'un peintre pourrait donner à un demi-dieu, à un génie, à un ange. Les hommes, chez les Vril-ya, sont entièrement imberbes, les Gy-ei en vieillissant ont quelquefois une petite moustache.

Je remarquai avec surprise que la couleur de leur peau n'était pas uniformément celle que j'avais remarquée chez les premiers individus que j'avais rencontrés; quelques-uns l'avaient beaucoup plus blanche, avec des yeux bleus et des cheveux d'un brun doré; cependant leur teint était d'un ton plus chaud et plus riche que celui des peuples du nord de l'Europe.

On me dit que ce mélange de couleurs venait de mariages contractés avec les membres d'autres tribus lointaines des Vril-ya qui, soit par suite de la différence des climats, soit à cause de la diversité d'origine, étaient plus blanches que la tribu chez laquelle j'habitais. On regardait comme une preuve d'antiquité la couleur rouge la plus foncée; mais les Ana n'attachaient aucune idée d'orgueil à cette antiquité; ils étaient au contraire persuadés que leur supériorité venait de croisements fréquents avec d'autres familles différentes et cependant parentes, ils encourageaient ces mariages pourvu que les conjoints fussent toujours des membres de la famille des Vril-ya. Quant aux nations qui n'adoptaient pas les mœurs et les institutions des Vril-ya et qui passaient pour incapables d'acquérir sur les forces du vril cet empire que tant de générations s'étaient employées à acquérir et à conserver, on les regardait avec plus de dédain que les citoyens de New-York ne regardent les nègres.

J'appris de Zee, plus instruite en toutes choses qu'aucun des hommes avec lesquels j'eus l'occasion de m'entretenir familièrement, que la supériorité des Vril-ya était attribuée à l'intensité de leurs anciennes luttes contre les obstacles de la nature dans les premiers lieux où ils s'étaient fixés.

—Partout,—disait Zee, avec profondeur,—partout où nous rencontrons dans l'histoire de la civilisation cet état où la vie devient une lutte, où l'individu est obligé d'appeler à lui toute son énergie pour rivaliser avec ses compagnons, nous trouvons invariablement le même résultat; c'est-à-dire que, puisqu'un grand nombre doit périr dans cette lutte, la nature choisit pour les conserver les spécimens les plus vigoureux. Par conséquent, dans notre race, même avant la découverte du vril, les organisations supérieures furent seules conservées, et nos anciens livres contiennent une légende autrefois populaire selon laquelle nous fûmes chassés d'une région qui semblerait être votre monde supérieur, afin de nous perfectionner et d'arriver à l'épuration complète de notre race par l'âpreté des luttes que nos pères eurent à soutenir; et lorsque notre éducation sera achevée, nous sommes destinés à retourner dans le monde supérieur pour y supplanter toutes les races inférieures qui l'occupent aujourd'hui.

Aph-Lin et Zee causaient souvent avec moi de la condition politique et sociale de ce monde supérieur, dont Zee supposait si philosophiquement que les habitants seraient détruits un jour ou l'autre par l'avènement des Vril-ya. Dans mes récits, je continuais à faire tout ce que je pouvais (sans me lancer dans des mensonges assez positifs pour être aisément aperçus par la sagacité de mes auditeurs) pour représenter notre puissance et nous-mêmes sous les couleurs les plus flatteuses. Ils y trouvaient pourtant de perpétuels sujets de comparaison entre les populations les plus civilisées de notre monde et les races souterraines les plus inférieures qu'ils regardaient comme plongées dans une barbarie sans espoir et condamnées à une destruction graduelle, mais certaine. Mais tous deux désiraient dérober à leurs concitoyens toute connaissance prématurée des régions éclairées par le soleil; tous deux étaient humains et frémissaient à la pensée de détruire tant de millions de créatures, et les peintures que je faisais de notre vie, si fortement colorées qu'elles fussent, les attristaient. En vain, je vantais nos grands hommes: poètes, philosophes, orateurs, généraux, et défiais les Vril-ya de nous en présenter autant.