—Je ne sais. Quelquefois un regard, un mot, me le fait espérer; mais elle ne m'a jamais dit qu'elle m'aimait.

—Ne lui avez-vous jamais murmuré à l'oreille que vous l'aimiez?

—Fi!... À quoi pensez-vous? D'où venez-vous donc? Puis-je trahir ainsi l'honneur de mon sexe? Pourrais-je être assez peu viril, assez dépourvu de pudeur pour avouer mon amour à une Gy qui n'a point devancé mon aveu par le sien?

—Je vous demande pardon; je ne croyais pas que la modestie de votre sexe fût poussée si loin chez vous. Mais un An ne dit-il jamais à une Gy: Je vous aime, si elle ne le lui a dit la première?

—Je ne puis dire qu'aucun An ne l'ait jamais fait, mais celui qui se conduit ainsi est déshonoré aux yeux des Ana, et les Gy-ei le méprisent en secret. Aucune Gy bien élevée ne l'écouterait; elle regarderait cet aveu comme une usurpation audacieuse des droits de son sexe et un outrage à la modestie du nôtre. C'est bien fâcheux,—continua le jeune An,—car celle que j'aime n'a certainement fait la cour à aucun autre, et je ne puis m'empêcher de penser que je lui plais. Quelquefois je soupçonne qu'elle ne me fait pas la cour parce qu'elle craint que je n'exige quelque convention déraisonnable au sujet de l'abandon de ses droits. S'il en est ainsi, elle ne m'aime pas réellement, car lorsqu'une Gy aime, elle abandonne tous ses droits.

—Cette jeune Gy est-elle ici?

—Oh! oui. La voilà là-bas assise près de ma mère.

Je regardai dans la direction indiquée et j'aperçus une Gy habillée de vêtements d'un rouge brillant, ce qui chez ce peuple indique qu'une Gy préfère encore le célibat. Elle porte du gris, teinte neutre, pour indiquer qu'elle cherche un époux; du pourpre foncé, si elle veut faire entendre qu'elle a fait un choix; du pourpre et orange, si elle est fiancée ou mariée; du bleu clair, quand elle est divorcée ou veuve et désire se remarier. Le bleu clair est naturellement très rare.

Au milieu d'un peuple chez qui la beauté est si universellement répandue, il est difficile de distinguer une femme plus belle que les autres. La Gy choisie par mon ami me parut posséder la moyenne des charmes mais son visage avait une expression qui me plaisait beaucoup plus que celui de la plupart des Gy-ei; elle paraissait moins hardie, moins pénétrée des droits de la femme. Je remarquai qu'en causant avec Bra elle jetait de temps en temps un regard de côté vers mon jeune ami.

—Courage,—lui dis-je,—la jeune Gy vous aime.