—Oui, mais si elle ne veut pas me le dire, en suis-je plus heureux?
—Votre mère connaît votre amour?
—Peut-être bien. Je ne le lui ai jamais avoué. Il serait peu viril de confier une pareille faiblesse à sa mère. Je l'ai dit à mon père; il se peut qu'il l'ait répété à sa femme.
—Voulez-vous me permettre de vous quitter un moment et de me glisser derrière votre mère et votre bien-aimée? Je suis sûr qu'elles parlent de vous. N'hésitez pas. Je vous promets de ne pas me laisser questionner jusqu'au moment où je vous rejoindrai.
Le jeune An mit sa main sur son cœur, me toucha légèrement la tête, et me permit de le quitter. Je me glissai sans être remarqué derrière sa mère et sa bien-aimée et j'entendis leur conversation.
C'était Bra qui parlait.
—Il n'y a aucun doute à cet égard,—disait-elle,—ou bien mon fils, qui est d'âge à se marier, sera entraîné par une de ses nombreuses prétendantes, ou il se joindra aux émigrants qui s'en vont au loin, et nous ne le verrons plus. Si vous l'aimez réellement, ma chère Lo, vous devriez vous déclarer.
—Je l'aime beaucoup, Bra; mais je ne sais si je pourrai jamais gagner son affection; il a tant de passion pour ses inventions et ses horloges; et je ne suis pas comme Zee, je suis si sotte que je crains de ne pouvoir entrer dans ses goûts favoris, et alors il se fatiguera de moi, et au bout des trois ans il divorcera et je ne pourrais jamais en épouser un autre.... non, jamais.
—Il n'est pas nécessaire de connaître le mécanisme d'une horloge pour savoir devenir si nécessaire au bonheur d'un An, qu'il abandonnerait plutôt toutes ses mécaniques que de renvoyer sa Gy. Vous voyez, ma chère Lo,—continua Bra,—que précisément parce que nous sommes le sexe le plus fort, nous gouvernons l'autre à condition de ne jamais laisser voir notre force. Si vous étiez supérieure à mon fils dans la construction des horloges et des automates, comme sa femme vous devriez toujours lui laisser croire que la supériorité est de son côté; l'An accepte tacitement la supériorité de la Gy en tout, excepté dans les choses de sa vocation. Mais si elle le dépasse dans ces choses-là ou si elle affecte de ne pas admirer son talent, il ne l'aimera pas longtemps; peut-être même divorcera-t-il. Mais quand une Gy aime réellement, elle apprend bien vite à aimer tout ce qui est agréable à l'An.
La jeune Gy ne répondit rien à ce discours, Elle baissa les yeux d'un air rêveur, puis un sourire se glissa sur ses lèvres, elle se leva sans rien dire, et, traversant la foule, elle s'approcha de l'An qui l'aimait. Je la suivis, mais je me tins à quelque distance en l'observant. Je fus surpris, jusqu'au moment où je me souvins de la tactique modeste des Ana, de voir l'indifférence avec laquelle le jeune homme paraissait recevoir les avances de Lo. Il fit mine de s'éloigner, mais elle le suivit, et peu de temps après, je les vis étendre leurs ailes et s'élancer dans l'espace lumineux.