CHAPITRE XX.
Voici maintenant la traduction du jeune Renou.
L'ERMITE,
par M. Parnell.
«Au fond d'un désert inconnu au monde, vivoit depuis son jeune âge un vénérable ermite. Sa demeure étoit une caverne, son lit un peu de mousse, sa nourriture des fruits, et sa boisson l'eau du rocher. Loin des hommes, il étoit toujours en présence de Dieu; sa seule occupation étoit de le prier, et son seul plaisir de l'adorer.
Ce calme si pur, cette vie qui étoit l'image du ciel même, une idée vint la troubler. Si c'étoit le vice qui fût triomphant sur la terre, si la vertu lui étoit asservie, que deviendroit la sagesse de la Providence? Dès ce moment l'avenir s'obscurcit devant les pieux regards du solitaire, et son ame perdit son repos. Ainsi, lorsque les eaux d'un lac présentent une paisible surface, la nature y réfléchit une tranquille image; le rivage se dessine sur ses bords, les arbres l'ombragent de leurs cîmes suspendues, et le firmament abaissé le peint de ses couleurs variées. Mais s'il vient à tomber une pierre au sein de l'humide élément, on voit aussitôt le cristal troublé se diviser en cercles qui s'étendent de tous côtés, le soleil brisé se perdre en fragmens, le rivage, les arbres et le firmament s'enfuir dans un désordre affreux.
Impatient d'éclaircir ses doutes, de connoître le monde par lui-même, de savoir à qui de ses livres ou des bergers de ce désert il doit ajouter foi; car il n'avoit encore vu de l'espèce humaine que quelques pâtres égarés dans leur marche nocturne, il quitte sa cellule, prend dans sa main un bâton de pélerin, abaisse son capuchon sur son front, et part au lever du soleil, résolu d'examiner tout avec une profonde attention.
La matinée s'écoule avant qu'il soit sorti du long désert sur lequel on n'aperçoit aucun sentier; et le soleil étoit au milieu de son cours, lorsqu'il vit arrêté sur le grand chemin un jeune homme proprement vêtu, dont la charmante figure étoit ornée de blonds cheveux tombant en boucles flottantes. Je vous salue, mon père, dit le jeune homme en s'approchant. Bonjour, mon fils, repartit le respectable vieillard. La conversation s'engage; les questions, les réponses se succèdent rapidement; et le plaisir de mille entretiens divers charme la longueur de la route. Enchantés l'un de l'autre, s'ils différoient par les années, ils se réunissoient par les sentimens. Ainsi un vieux ormeau soutient un tendre lierre; ainsi le jeune lierre embrasse le vieux ormeau.
Cependant le soleil étoit près de se coucher; la dernière heure du jour s'avançoit enveloppée de ses modestes couleurs, et la nature en silence invitoit la terre au repos, lorsque les voyageurs aperçurent non loin de la route un superbe palais. Ils y dirigent leurs pas, à la clarté de la lune, au milieu d'une avenue de grands arbres qui formoient de chaque côté des couronnes de verdure.
Le noble maître de ce palais en avoit fait l'asile hospitalier de l'étranger. Sa générosité cependant, altérée de louanges, n'étoit plus que le vain étalage d'un luxe dispendieux. Les compagnons arrivent; des domestiques en livrée les attendoient, et le seigneur du château vient les recevoir à la porte. La table du souper gémit sous la magnifique profusion des mets, et tout brille d'un éclat que n'a point la bonne et simple hospitalité. De là, conduits dans leur appartement, ils oublient les fatigues de la journée, plongés dans un profond sommeil sur la soie et le duvet.