(Note de M. de Montagnac.)

[13] On a dû être indigné des expressions du peuple aérien, toutes les fois qu'il a eu occasion de parler de la guerre. Il faut pardonner à ces hommes extraordinaires et absolument étrangers à nos mœurs, de n'avoir pas des idées plus justes sur le devoir imposé aux Souverains de maintenir leur empire dans un tel état de force et de courage, qu'il ne soit permis à aucun de leurs voisins de les attaquer avec succès. Quand on est assuré d'une paix perpétuelle, on peut impunément méconnoître le prix des guerriers. Partout ailleurs ce langage seroit repréhensible. Les paisibles Quakers, fidèles à leur religion, ne prennent pas les armes; mais ils n'en sont pas moins pénétrés d'une profonde estime pour les défenseurs de leur patrie. Ceux qui ont étudié l'histoire, savent que les plus malheureux de tous les peuples ont été les peuples énervés qui ont fini par subir la loi d'un vainqueur. Tels sont dans les siècles reculés les Perses, les Carthaginois, les Egyptiens; et dans les tems modernes, les Italiens et les Portugais. Qu'une philosophie rêveuse voie au loin dans l'avenir la paix et l'amitié régner sur toute la terre, l'expérience des siècles fera toujours retentir ce mot terrible à l'oreille des peuples subjugués: Malheur aux vaincus! Honneur donc, estime et reconnoissance aux braves qui garantissent, aux dépens de leur sang, leurs concitoyens de ce comble de l'opprobre et de la misère!

[14] La suppression de quelques faits dénués de toute espèce d'intérêt hors de l'enceinte du Vallon, m'oblige de laisser encore ici une lacune dans le manuscrit. Je le reprends au récit d'un des plus grands évènemens qui soit consigné dans les Annales du peuple aérien.

(Note de M. de Montagnac.)

[15] On se rappelera qu'à cette époque l'Europe jouissoit de la paix depuis neuf ans, et que cette paix générale ne fut troublée que cinq ans après.

[16] Si ces Annales sont fidelles, il faut convenir que le peuple du Vallon aérien est supérieur à tous les peuples tant anciens que modernes que nous connoissons. Partout ailleurs une pareille révolution auroit fait couler des torrens de sang. Si de perfides suggestions ont égaré nos montagnards, ils reviennent d'eux-mêmes aussitôt qu'ils sont livrés à leur propre raison. C'est un puissant guide que cette raison accordée à l'homme. Il auroit partout le même empire, s'il n'étoit pas étouffé par les institutions sociales. Le grand mérite de celle qui régit le Vallon aérien, c'est de conserver à cet infaillible guide toute la rectitude et toute la force qu'il tient de la nature.

(Note de l'Editeur.)

[17] Cette petite production de Parnell, qui parut au commencement du dernier siècle, est dans l'original un chef-d'œuvre de précision et de graces. Le sujet est tiré du vieux Conte de l'Ermite, que chaque peuple a habillé à sa mode. Voltaire l'a enchassé dans son charmant roman de Zadig; il a assaisonné de plaisanteries fort gaies et fort spirituelles la philosophie du poète anglois. Mais il faut convenir que cette justification des misères humaines ne vaut pas mieux que tous les systêmes qu'on a imaginés pour expliquer les voies de la Providence. On ne voit point de Prodigues devenir plus sages parce qu'on a abusé de leurs dons, d'avares rendus généreux parce qu'ils ont eu un mouvement de pitié qui leur a tourné à profit. La mort d'un enfant tendrement chéri a plus souvent inspiré aux pères désespérés des murmures contre la Providence que des sentimens de reconnoissance et d'amour. En général, les passions comme les caractères dépendent en partie de la nature du tempérament, et ne sont susceptibles que de simples modifications. Mais si on ne change point les élémens, on peut du moins les diriger et les employer utilement. Ainsi l'habile écuyer qui soumet au frein un coursier indompté, tire un sage parti de sa fougue insensée, et convertit en noble courage son caprice et ses emportemens.

(Note de l'Editeur.)

[18] Voici une contradiction qui a dû frapper tous les lecteurs attentifs. Il est dit ici que le conseil décréta de ne plus avoir de communication avec la terre; et cependant une cinquantaine d'années après que cette décision a été prise, M. de Montagnac reçoit des habitans du Vallon l'accueil le plus amical, ainsi qu'on l'a lu dans la relation de son voyage; et ce n'est qu'après y avoir été traité pendant plus d'un jour avec toutes les marques de la bienveillance, qu'un seul individu vient lui signifier l'ordre de partir.