Quelle lâcheté!
M. DE MONTAGNAC.
Vous êtes trop sévère. Songez donc que nous sortons à peine d'une révolution qui a frappé toutes les colonnes de la société; tout a été brisé ou bouleversé en même tems. En politique, c'est l'anarchie qui avoit pris l'empire; en morale, le crime; en littérature, le mauvais goût. Depuis l'apparition de l'homme de la Providence, tout rentre peu-à-peu dans l'ordre; un gouvernement juste a remplacé l'absence des lois, des principes d'honneur ont distingué le citoyen; le sens commun aura son tour, il fera rentrer dans la poussière la déraison et l'impudence.
LE GOUVERNEUR.
Que disent, que font donc vos honnêtes gens en attendant que leur jour revienne? quel est enfin chez vous l'esprit public?
M. DE MONTAGNAC.
Il n'y en a plus, et c'est fort naturel. Les habitans d'un pays où vient d'éclater le plus violent tremblement de terre, restent long-tems interdits et immobiles d'épouvante et de terreur sur le bord de l'abîme qui a englouti plusieurs milliers de leurs concitoyens.
LE GOUVERNEUR.
J'entends; votre nation étoit caduque; la révolution a accéléré son dernier terme, et maintenant tout est épuisé chez elle.
M. DE MONTAGNAC.